Andréa Catozzi, l'homme qui raconte sans les mots
Saison 1 • Épisode 414 juin 2026

Andréa Catozzi, l'homme qui raconte sans les mots

Une conversation avec Andréa Catozzi

Andréa Catozzi

C'était le côté un peu sauvage, un peu brut, un peu animal du mouvement qui m'appelait.

Tout commence près de Saint-Raphaël, à Roquebrune, au moment où ses parents se séparent. Andréa Catozzi a dix ans, beaucoup de temps pour lui tout seul, et des premiers freezes de hip-hop appris dans sa chambre parce qu'une tante lui a glissé que "c'était cool". Puis viennent les films d'arts martiaux, les acrobaties qu'il commence enfin à remarquer, et un choc : un capoeiriste dans Le Grand Tournoi, puis Only the Strong avec Mark Dacascos, une cassette qu'il loue chaque jour pendant un an jusqu'à ce qu'on finisse par la lui donner. Ce qui le saisit, c'est cette manière féline d'atterrir, ce côté animal du geste. Sans cours autour de lui, il s'entraîne seul trois ans durant, avec un simple DVD pour seul professeur.

Quand des cours de capoeira ouvrent enfin du côté de Fréjus, il y va tous les jours, du lundi au samedi, et son professeur devient une sorte de second père. À dix-sept ans, la Compagnie Parallèle le repère et le fait basculer du mouvement pur vers l'artistique. À dix-neuf ans, il quitte la fac en plein cours d'anglais, vide sa chambre étudiante et annonce à sa mère qu'il tente sa chance dans le spectacle. Paris, le festival d'Avignon, puis 2012 : l'Eurovision aux côtés d'Anggun et un passage à Incroyable Talent, porté par l'urgence du "c'est maintenant ou jamais". Avec le temps, l'acrobatie cesse d'être le cœur de son travail pour devenir une épice, saupoudrée au service de l'émotion et de l'intention.

Il y a eu l'accident, aussi : écrasé sous un bloc de béton de cinq cents kilos, le genou qui encaisse tout, puis une sciatique et une hernie discale qui le clouent près de deux ans et redéfinissent entièrement son rapport au corps. Il y a eu, à l'inverse, la passerelle Debilly aux JO de Paris, masqué, sous une pluie battante, une torche qui glisse comme une savonnette et manque de lui échapper. Dans cet épisode de Vive la vie, Andréa raconte comment on passe de la performance pure à la quête de sens, comment on apprend à durer plutôt qu'à se cramer, et pourquoi écrire une pièce avec celle qu'il aime lui a rendu le plaisir d'être, simplement, sur scène.

Ce qu'on aborde

  • Les premiers freezes de hip-hop, seul, dans le sillage de la séparation de ses parents
  • Le choc Only the Strong : une cassette louée chaque jour pendant un an, jusqu'à la posséder
  • La capoeira comme premier amour, et le professeur devenu second père
  • Le décrochage de la fac à dix-neuf ans, en plein cours, pour tenter le spectacle
  • 2012, l'année charnière : l'Eurovision avec Anggun et l'urgence de percer tout de suite
  • L'acrobatie reléguée au rang d'épice, au service de l'intention et de l'émotion
  • Les JO de Paris : la torche, la pluie et la peur de tout lâcher sous le masque
  • L'accident, le corps écrasé, et la longue reconquête (genou, sciatique, hernie)
  • Ego Sapiens, la pièce écrite avec Joséphine, et le plaisir de bouger retrouvé
Réalisé parMark Hadj Hamou·Photographe & Réalisateur

Dans l'œil du studio

Transcription

Andréa

Le tout début début le archi début, vraiment le archi début, c'est je commençais à apprendre des freezes de hip hop, je devais avoir 10 11 ans. Et là là on parle vraiment du archi début. On parle pas forcément de la de la grosse étincelle qui a qui a mis le feu à tout on va dire. Et il y a une de mes tantes qui me voit faire ça qui me dit oh tu fais du hip hop et dans ma tête je me dis du hip hop c'est quoi ? Et comme elle dit ah c'est trop cool le hip hop, ça c'est un âge où tu tu considères ce que les gens trouvent cool tu vois. Donc j'étais en train de me dire ah c'est cool vas-y je vais regarder ce que c'est puis je commence à apprendre des petites figures de hip hop comme ça. Et ça a été ma première mon premier intérêt en fait envers quelque chose de l'ordre du mouvement. C'est un petit détail qui a son importance mes parents venaient de se séparer à ce moment-là, je vivais juste avec ma mère et mon petit frère vers pas loin de Saint-Raphaël à Roquebrune. Et du coup c'était vraiment un changement de vie et je me retrouvais tout seul enfin avec beaucoup de temps un peu tout seul à m'occuper tout seul. Et donc je me suis mis à m'entraîner un peu à tout et n'importe quoi. Tiens du hip-hop ah ça a l'air cool. Après je voyais un film d'arts martiaux ah les cascades, je commençais à prendre conscience de ce que c'était en fait dans les films les cascades tout ça j'avais déjà vu j'avais déjà vu des films du genre enfin par exemple Star Wars je regardais beaucoup Star Wars tu vois y compris la Menace Fantôme dans lequel il y a Dark Maul tu vois qui qui enchaîne pas mal d'acrobaties mais quand j'étais petit avant ça quand je regardais le film, je faisais pas gaffe à ces détails-là. Et là ça a été l'époque où je commençais à faire attention à ce genre de détails. "Attends mais attends qu'est-ce qu'il fait là" et d'essayer d'aller dans le jardin et de faire la même chose. Et de m'en rendre compte que c'était dur. Et sauf qu'après au collège je commence à discuter de ça avec des des nouveaux copains que je me fais, qui eux sont aussi dans les arts martiaux tout ça puis on commence à s'échanger des des trucs "ah tu l'as vu tel film machin regarde celui-là avec Van Damme regarde c'est trop cool" je commence à voir un peu plus de cascade, plus de d'acrobaties jusqu'à ce que je tombe sur un film d'arts martiaux "Le Grand Tournoi" dans lequel il y a un capoeiriste dedans. Et là vraiment quand j'ai vu ça, là je suis tombé vraiment amoureux. Enfin je me suis dit waouh mais qu'est-ce que c'est que cette manière de bouger c'est c'est monstrueux et tout. Il y avait ma mère à côté qui me qui disait "ah mais c'est incroyable ce qu'il fait ce monsieur" et du coup dans ma tête je me suis dit "ah elle trouve ça incroyable, il faut que je m'entraîne à faire ça". Et euh et dans la foulée un copain du collège m'a dit "ah ben il y a un film de capoeira, vraiment spécifiquement de capoeira, il faut que tu le regardes : Only the Strong avec Mark Dacascos". Et euh et du coup je suis allé louer ce ce film, cette cassette, que j'ai loué tellement tous les jours après pendant un an que j'ai fini par l'avoir chez moi la cassette on me l'a donnée. Donc j'ai encore la cassette du vidéo club à la maison. Et euh et du coup ce film-là je l'ai bouffé bouffé bouffé, là vraiment j'ai commencé à tomber amoureux de la capoeira et ce que je disais quand j'étais petit je disais que je trouvais ça sauvage. Et en fait c'est drôle c'est le seul mot qui me vient c'est ça qui me plaisait c'était le côté un peu sauvage un peu brut un peu animal du mouvement parce que j'avais vu de la gym hein quand j'étais petit euh j'ai vécu à Montceau-les-Mines donc ma mère il y a le pôle France de gym là-bas enfin à l'époque en tout cas. Et ma mère avait essayé de de m'amener voir si je voulais faire de la gym j'essayais plein de sports quand j'étais petit à droite à gauche mais ça me ça m'intéressait pas tant que ça. C'est vraiment quand j'ai vu cette manière-là de sauter un peu un peu arrière côté bizarre vraiment animal quoi atterrir à une jambe un peu en souplesse comme un félin tu vois tu fais "waouh c'est c'est vraiment cette manière-là qui me qui m'a vraiment appelé" quoi. Et du coup euh après comme il y avait pas de cours de capoeira encore à l'époque euh je me suis mis à faire du hip hop en club enfin en groupe avec un groupe quoi avec un professeur et on on faisait essentiellement de la chorégraphie donc je commençais à apprendre divers styles de danse hip-hop comme ça. Et je m'entraînais tout seul à la capoeira à côté j'avais commandé un DVD avec une dépendance prod ça s'appelait et j'avais un DVD apprendre les bases techniques de la capoeira et du coup je m'entraînais comme ça pendant 3 ans. Entre mes 11 un peu plus entre mes 11 et 15 ans à peu près. Et ensuite il y a des cours de capoeira qui ont qui ont ouverts euh autour de Fréjus et là go à fond quoi. Là j'y suis allé j'ai commencé à en faire tous les jours du lundi au samedi euh parce qu'il y avait les cours euh enfin en fait surtout de la côte quoi, il y avait à Fréjus, Sainte-Maxime, Saint-Tropez, Toulon, j'allais partout. J'accompagnais mon prof partout. C'était vraiment devenu mon mon second papa quoi, mon prof et c'était il venait me chercher au lycée j'allais j'allais m'entraîner. Ma vie entière quoi, jusqu'à mes 18 ans à peu près. Et puis j'ai commencé à intégrer après une compagnie de danse à mes 17 18 ans. Et euh et là ça a bifurqué là j'ai vraiment commencé à avoir l'attrait du mouvement mais plus le côté artistique du mouvement.

Mark

Est-ce que tu savais que quand tu dis compagnie de danse parce que tu savais que tu voulais en faire ton métier ou est-ce que c'est tu as un peu tombé dedans parce que tu faisais beaucoup de capoeira et du coup bah naturellement...

Andréa

Ouais, il y a eu un côté un peu naturellement parce que je faisais des fois des démos de capoeira pour des petits événements divers et il y avait euh mon ancien prof de hip-hop, il y avait une compagnie, il avait monté une compagnie et il faisait, il présentait des pièces chorégraphiques. De hip-hop contemporain et du coup on était parfois sur le même événement ensemble et quand je regardais le spectacle je me disais "waouh" il y avait quelque chose d'autre qui me touchait de beaucoup plus fort en fait que tout ce que j'avais connu jusqu'à jusqu'à jusqu'à ce moment-là. Où euh où j'étais vraiment euh subjugué par le fait de par la la beauté que pouvait avoir le pouvait avoir le mouvement sur scène, et ce que ça pouvait raconter. Au-delà de la technique pure. Ce prof en ce prof de hip hop en question euh qui était le chorégraphe de cette compagnie avait vraiment cette faculté de pouvoir juste bouger le petit doigt et c'était magnifique et je me disais "mais comment c'est possible d'avoir ce degré de de de beauté et de justesse du mouvement quoi".

Mark

c'était quoi ? c'était une question de en fait il arrivait à exprimer quelque chose de fort avec...

Andréa

Ouais ouais la prestance scénique le puis même toute la chorégraphie tout comment ils étaient quatre danseurs et tout ce qu'ils avaient créé la manière dont c'était articulé la musique, le tout le faire ensemble qu'il y avait le le il y avait une harmonie et une puissance. Et là je suis vraiment tombé euh des nues. Je me suis dit "waouh en fait en fait limite ce que je fais ça ne me suffit plus, je veux aller vers ça". Et en fait euh très rapidement assez naturellement cette compagnie s'est mis à chercher quelqu'un qui pouvait danser et qui faisait des acrobaties. Et comme ça Jamel avait été mon il s'appelait Jamel il avait été mon prof de hip-hop à l'époque et donc du coup il avait pensé à moi et il m'a contacté et puis il m'a dit voilà est-ce que tu veux danser avec nous, ça s'appelait la compagnie Parallèle. Et euh et je me suis retrouvé à danser avec eux tant bien que mal au début, je faisais ce que je pouvais quoi, je je venais vraiment de de l'acro pure du du du mouvement acrobatique des arts martiaux. Donc au début j'étais un peu raide dans ma danse quoi. Et j'ai beaucoup appris avec eux sur scène, vraiment ça a été une des plus grosses des plus belles expériences de ma vie pendant quelques années de d'évoluer avec eux. Jusqu'à mes jusqu'à mes 21 ans à peu près. En fait, ça a été vraiment mon entrée dans le milieu professionnel artistique. Euh s'est vraiment fait très grandement avec cette compagnie, avec la compagnie Parallèle et après à côté de ça j'avais des projets qui naissaient à droite à gauche mais qui étaient souvent beaucoup plus sur le performatif. Mais au fond de moi, plus le temps passait, à ce moment-là je sentais que j'étais beaucoup plus attiré par euh par ce qu'on pouvait raconter par l'esthétique, par euh et par cette fascination en fait de de de de pourquoi euh cette personne ou d'autres je les vois sur scène et et waouh sans rien faire euh il y a quelque chose qui se passe quoi. C'est j'étais assez fasciné par ça.

Mark

Qu'est-ce que ça t'a fait déjà en fait là entre guillemets la première fois que tu as été payé pour faire un truc enfin voilà partager ton art et tu vois vivre de ta passion ? Comment il y a un côté surréaliste ou est-ce que comment euh comment tu l'as vécu ?

Andréa

Ouais, c'était dingue. Je crois que la toute première fois je pense que c'était justement ce tout premier spectacle que j'ai fait quand Jamel est venu me voir et qu'il m'a dit ça a commencé avant d'intégrer vraiment la compagnie et d'intégrer leur spectacle et puis de de créer un nouveau spectacle ensemble. C'est d'abord passé par un grand projet qu'il avait qui était d'adapter le spectacle qu'ils avaient déjà et de et de le jouer à grande échelle avec 20 danseurs avec des en des des danseurs français, italiens, palestiniens et israéliens. Incroyable, une expérience incroyable et tout le monde était ensemble et on a fait une colocation tous ensemble pendant les pendant la durée de la création et puis et de la la et des spectacles et tout et on a fini avec avec des embrassades on s'est quitté avec que de l'amour et c'était juste fantastique comme expérience. Et euh et voilà ça a été mon premier euh spectacle payé en fait. Et oui la sensation c'était incroyable, déjà le le projet était incroyable en soi et puis euh oui c'était la porte d'entrée euh dans ce milieu-là quoi, professionnellement. Après pendant longtemps j'ai jonglé un peu entre des petits projets comme ça où j'étais où j'étais un petit peu payé et je faisais les études en même temps enfin c'est ça a été longtemps un peu semi pro. Enfin longtemps euh un peu plus de 2 ans euh comme ça de moitié fac, moitié faire des spectacles, jusqu'à ce que je laisse tout tomber et je me dise non mais je veux faire ça.

Mark

la question que j'allais te poser c'est est-ce que parce que tu étais en fac tu faisais quoi ?

Andréa

J'ai fait 2 ans en STAPS en management du sport. Par défaut. Vraiment c'était vraiment une période où je me disais bon euh est-ce que j'ai envie de vivre de ça, personne dans ma famille faisait ça donc dans mon entourage euh c'était un peu abstrait ouais voilà je savais pas trop comment m'y prendre. J'entendais parler de du statut d'intermittent je dis oh c'est quoi OK bah du coup comme je commençais à danser avec la compagnie Parallèle je voyais que il y avait une partie des danseurs qui qui commençaient à en vivre. Donc j'avais quand même un exemple. Je voyais que c'était possible. Mais une part de moi se disait il faut que je fasse des études même si j'étais là par défaut vraiment je j'avais pas d'envie particulière dans dans le cursus scolaire dans lequel j'étais quoi. J'avais pas de projection particulière voilà. Et après j'ai démarré une 3e année en licence euh dans une c'était pareil du management mais plus sportif mais plus culturel. À Toulon. Et là en fait c'était drôle c'était un un chamboulement de vie un peu, c'est-à-dire c'était rupture avec mon premier amour, on avait été ensemble pendant 5 6 ans et d'un coup le monde s'arrêtait et euh et en même temps j'étais dans une nouvelle fac où je me disais "mais qu'est-ce que je fous là ?" Vraiment pfff c'est vraiment une scène de film, j'étais en cours d'anglais je me souviens euh encore c'était le cours le plus intéressant de tout le cursus tu vois. Et j'ai vraiment c'était rentrée des de vacances de de Toussaint. Et j'ai vraiment eu un truc de qu'est-ce que je fais là et je suis parti en plein milieu du cours et je suis euh je suis allé dans ma chambre étudiante j'ai commencé à empaqueter. Le lendemain matin je suis allé me désinscrire de la fac, j'ai tout mis dans la voiture. J'ai dit à mes copains de l'époque en fait j'arrête je me casse. Et je suis arrivé comme ça chez ma mère, elle était en mode qu'est-ce que tu fais et tout je dis bah voilà en fait je vais nulle part là euh je veux tenter ma chance là-dedans quoi dans le milieu du spectacle.

Mark

Et c'était dur de la de la convaincre parce que entre on va dire un circuit classique où tu fais tes études tu as un diplôme tu bosses et une filière artistique qui est quand même plus imprévisible et surtout moins connue on va dire du grand public, c'était dur de la convaincre ou est-ce qu'en fait elle l'avait toujours vu que...

Andréa

Non, c'était pas dur de la convaincre alors je sais qu'elle a eu peur. Je sais elle a pu me le dire plus tard je sais qu'elle a eu peur aussi et qu'elle me l'a pas trop montré. Mais j'ai eu une chance monstrueuse avec mes parents là-dessus même mon père à cette époque-là il vivait encore en Amérique du Sud et on se voyait quand même un petit peu et et même à distance voilà il me faisait confiance et et euh ouais ma mère m'a elle m'a fait confiance tout de suite, elle m'a dit je sais qu'elle a eu peur mais elle a vraiment tout de suite eu une philosophie ben ok si si c'est ça qui t'appelle si tu veux essayer de faire ça ben essaie en fait, tu es tu es jeune c'est maintenant qu'il faut essayer. Même si elle m'a pas dit ça comme ça sur le moment et qu'elle mais je sais que c'est comme ça qu'elle a pensé la chose tu vois.

Mark

Et le décrochage tu avais quel âge à peu près ?

Andréa

J'avais 19 ans. Et du coup je suis resté 6 à peu près 6 mois un peu chez ma mère, je commençais à faire des petits contrats à Cannes sur la côte dans des cabarets et tout. Et puis après je suis monté à Paris en particulier pour bosser avec la compagnie Parallèle. Faire Avignon, j'ai commencé à faire le le festival d'Avignon pour la première fois avec le spectacle qu'on avait avec ces avec cette compagnie à l'époque et et ça a été un peu le tremplin pour pour vraiment me lancer pleinement là-dedans quoi.

Mark

Est-ce que ça a été une validation pour toi en fait de bah finalement ça marche ce truc ça peut fonctionner ?

Andréa

Ouais il y a eu plusieurs petites étapes de validation. C'est venu c'est venu petit à petit, il y a eu euh et ben je commençais à bosser tous les weekends il y avait eu déjà même avant ça à la fac, je commençais à bosser tous les weekends dans le cabaret dans lequel j'avais fait la plonge avant. Quand je faisais la plonge en me disant "un jour je serai sur scène de ce cabaret" puis je m'étais retrouvé à faire des spectacles dans ce cabaret euh avec Émilie justement mon premier amour à l'époque on elle dansait aussi donc on on avait un petit spectacle ensemble. Donc euh ouais c'est c'est venu graduellement, ce côté en fait euh il peut se passer quelque chose là-dedans, on peut en vivre, cette cette gratification, on en parlait tout à l'heure, de de commencer à gagner de l'argent aussi là-dedans et tout. Elle est vraiment venue par étape mais effectivement le le festival d'Avignon la première fois, le fait de monter à Paris, là ça a ça a commencé à donner une vraie légitimité euh à tout ça, un vrai poids. Même si c'était encore la galère, c'était encore le moment où j'essayais d'avoir le statut intermittent pour la première fois et quand j'ai commencé enfin à l'avoir moi je vivais à Paris donc j'étais au ras les pâquerettes j'avais vraiment un SMIC mais dans la à Paris c'est chaud, tu vois. Après je vivais avec ma copine de l'époque on on s'était retrouvé un tout un tout petit appartement tout humide et tout mais bon on était heureux tu vois euh on était bien. Et après le le premier moment où vraiment euh j'ai commencé à sentir quelque chose de plus de force dans tout ça et que et et y compris aussi pour mes parents c'est quand j'ai commencé plus à faire des des choses vraiment visibles à la télé ou des choses comme ça. Et notamment en 2012, ça a été une année où il y a beaucoup de choses qui se sont enchaînées, il y a eu l'Eurovision, puis incroyable talent dans la foulée. Alors c'est pas des choses euh qui étaient euh c'était pas c'était pas genre "ça y est tout à coup euh ma vie devient beaucoup plus lucrative" et tout ça mais mais tout à coup il se passait des choses plus visibles, plus importantes qui aux yeux de la famille et et des gens qui nous aiment se disent "waouh, il se passe ça quand même euh c'est quand même chouette". L'Eurovision c'était avec la chanteuse Anggun, ma mère était absolument fan de cette d'Anggun, on l'écoutait quand j'étais petit tout le temps donc j'avais eu l'occasion d'inviter quelqu'un bah j'avais invité ma mère en Azerbaïdjan avec moi. Donc on s'est on s'était retrouvé ensemble avec Anggun et tout c'était trop bien et et là je crois que et elle me l'avait dit, c'est la première fois qu'elle s'était dit euh OK en fait il peut se passer quelque chose dans cette vie là quoi. Et et que la la confiance s'est vraiment installée et et pour moi aussi de l'intérieur en fait je commençais à me dire il peut se passer des choses cool. C'était encore très en dent de scie à l'époque hein tu vois même après j'ai fait Incroyable Talent mais ça t'apportait rien financièrement parlant.

Mark

Ouais mais c'est c'est une preuve qui est compréhensible du grand public. Entre guillemets toi quand tu fais un cabaret un show un spectacle ça a une valeur pour toi mais que les gens comprennent peut-être pas nécessairement alors qu'entre guillemets Incroyable talent tout le monde connaît et du coup c'est plus facile pour eux de comprendre ah il passe à la télé waouh c'est ça donne une...

Andréa

Ouais ça donne une ouais ça donne du poids. Ça donne du poids aux choses même si moi intérieurement vraiment la la chose que ça m'a le plus apporté c'est surtout intérieurement parce que c'est une adrénaline quand même particulière. Surtout c'est la première fois que je faisais un truc un peu en en solo et avec une telle visibilité en direct en direct tout ça c'était c'est la première fois que j'ai eu autant de stress sur scène en fait euh cette même année, l'Eurovision c'était pareil, c'était beaucoup de pression. Et du coup cette pression tellement énorme que tu peux pas trop ressentir dans d'autres circonstances elle elle fait ressortir quelque chose au fond de toi qui te fait passer un step aussi c'est très c'est très intérieur, c'est la plus belle chose que ça a pu m'apporter au-delà de d'une visibilité de de sur le de sur le papier sur le CV de dire il s'est passé ça c'est vraiment intérieur.

Mark

Est-ce que ça t'a donné envie de te dépasser d'aller encore plus loin dans ce que tu voulais faire ou...

Andréa

Ouais c'est on est toujours en train de jongler avec quand on fait de la scène avec la gestion de la pression, le stress, il est là et c'est ça peut devenir une force, s'il est beaucoup trop fort ça peut nous faire faire de la merde, s'il est pas du tout là, ça peut nous faire faire de la merde. Il y a il y a il y a un juste dosage un peu de cette énergie euh très impressionnante un peu qui peut être une véritable force et là ça a été la première fois où j'ai où cette énergie-là je l'ai ressenti à un niveau que je l'avais jamai auquel je l'avais jamais ressenti avant. Et qui a été c'est comme si ça avait ouvert une porte dans la manière de vivre artistiquement sur scène quoi. Ça a ouvert une ça a débloqué une vanne que j'avais pas trop que j'avais pas ressenti avant.

Mark

Et comment comment tu fais pour le pour le dompter ce stress à ce niveau-là parce que c'est quand même la télé, tu as qu'une chance, tu es seul sur scène en plus enfin c'est beaucoup.

Andréa

C'est toujours plus stressant je trouve de se projeter dans quelque chose qui est sur le point d'arriver que le moment où tu le vis en fait il y a un truc où tu le moment où ça arrive, tu prends les armes et tu es là quoi et tu es tu dis ben vas-y let's go quoi, c'est maintenant tu es dans le présent. Et en fait je trouve que le le stress est plus est plus douloureux avant je me souviens que la semaine avant du coup le premier direct que je regardais la semaine avant mon passage. Je regardais la télé en me disant oh là là ça va être moi la semaine prochaine mais c'est horrible et tout j'avais je crois que j'avais avoir 22 ans, j'étais tout jeune, affreux. Et en fait une fois que tu y es le jour J euh je sais pas tu te mets dans un dans un mode et tu essaies de pas trop y penser et euh ouais ça a toujours été comme ça toutes les C'est vrai que c'est des c'est des stt tout ce qui est la la télé le direct c'est un stress très particulier qu'on a rarement autrement. Euh si ou ça peut être la première d'un spectacle qui nous tient vraiment à cœur bien sûr c'est quand il y a et puis si en plus de il y a du monde dans la salle de la production des choses comme ça des choses qui peuvent stresser ouais mais mais je trouve que c'est un c'est vraiment une adrénaline à part. Parce que c'est une supravisibilité, parce que c'est c'est pas du spectacle vivant c'est quelque chose qui est dans la boîte qui est enregistré, tu as l'impression qu'il y a un côté immortel et tu as vraiment la t'as pas envie d'être déçu en fait. T'as pas envie d'être d'être déçu de de toi-même quoi. Et cette année-là j'ai j'ai ben il y a eu l'Eurovision un incroyable talent et tout mais j'ai j'ai plus trop ressenti ce truc là jusqu'à il y a 2 ans avec les JO. Ça m'a fait ressortir de nouveau ce ce ce genre d'adrénaline où en fait c'est maintenant et il y a tout le monde qui regarde et et si ça part en cacahuète tu deviens un même sur internet tu vois. (Rires)

Mark

Et incroyable talent est-ce que tu avais est-ce que tu misais un peu dessus ou est-ce que c'était ben en fait je fais mon truc et puis on verra ce que ça donne ?

Andréa

Bah à l'époque ouais j'avais 22 j'allais sur mes 23 ans, j'étais tout jeune là-dedans, ouais je misais dessus à fond dans ma tête je me disais c'est maintenant. En fait à l'époque je me disais tout court c'est maintenant dans la vie. J'avais l'impression que qu'il fallait que tout se passe tout de suite sinon avec après c'était foutu. En fait j'avais tellement baigné dans dans un monde en fait quand j'étais ado que je faisais des acrobaties mes profs de capoeira, ils avaient ils avaient même pas 30 ans à l'époque, ils avaient genre peut-être 28 29 ans, et ils faisaient plus trop de d'acro ou alors ils me disaient "ah j'en fais plus beaucoup, tu sais je suis tout cassé maintenant" enfin je je rencontrais des gens comme ça de la de la trentaine qui qui me laissaient supposer que en fait il fallait que tout se passe très vite dans la vingtaine sinon après c'était c'était foutu. Et donc à ce moment-là j'avais un espèce de stress de de stress et d'urgence d'y arriver tout de suite, de réussir à percer tout de suite, parce que bientôt j'allais plus trop pouvoir performer. J'avais ça dans la tête quoi et du coup c'était un moment où ouais quand j'ai fait l'émission, je me suis vraiment dit "c'est maintenant que tout se joue" et tout et du coup forcément sur plein de points j'étais très déçu de moi et c'était à la fois du bon et à la fois des choses contre lesquelles j'étais très déçu et et ça m'a quand même apporté des choses hein, ça m'a fait bosser derrière et ça a apporté vraiment quelque chose mais surtout intérieurement encore une fois c'est vraiment le plus que ça m'a apporté. Et petit à petit ce stress du du "c'est maintenant il faut que tout se passe maintenant" il s'est il s'est délié et j'ai commencé à rencontrer des gens du milieu qui étaient beaucoup plus âgés et puis qui continuaient de vivre de ça et puis qui continuaient de bouger et euh du coup une autre quête a démarré à ce moment-là qui a été vraiment de de chercher à durer principalement et c'est là que j'ai commencé à décrocher un peu de la perf pure pour pour aller vers des choses plus...

Mark

Parce qu'on a eu un autre on a un autre acrobate sur sur sur Vive la vie, Marco que tu connais bien, qui lui dans une optique qui est plus c'est pas qu'elle est moins esthétique mais il est plus dans la quête de la de la performance physique pure quoi chercher les mouvements les plus acrobatiques et cetera et toi j'ai l'impression que tu es dans quelque chose qui est beaucoup plus de l'ordre de l'esthétique et je suis curieux de comprendre pourquoi parce que je me souviens parce que j'avais regardé l'émission à l'époque sur Incroyable Talent et une des des juges je me rappelle plus qui c'est mais il avait dit "il se passe quelque chose dans votre regard". Au-delà des acrobaties de mouvements que tu faisais sur scène elle dit "il y a un vrai truc dans votre regard" et et c'est vrai que il il y avait une émotion il y avait un truc donc comment comment tu le vois toi est-ce que toi c'est tes acrobaties tes mouvements c'est au service d'un message ou est-ce que et comment tu vois tu vois ce mélange entre exprimer quelque chose et chercher une beauté dans le mouvement lui-même ?

Andréa

Ben c'est que déjà je pense que ça part aussi du principe que euh contrairement à Marco par exemple que j'admire beaucoup et ou des gens comme lui qui qui arrivent vraiment à à toujours se surpasser à aller toujours plus loin et tout pour parce que ils ont cette ils ont réussi à garder ce cette soif de performance juste vis-à-vis de soi-même tu vois de toujours se dépasser aller toujours plus loin. Ben moi paradoxalement j'ai j'ai beau toujours fait de l'acrobatie, j'ai pas trop cet esprit-là. J'ai j'ai j'ai du mal à avoir j'ai pas trop d'esprit de quand je parle d'esprit de compétition, je parle même juste envers moi-même tu vois, cette quête de beaucoup plus de de toujours plus de performance, j'ai j'ai pas trop cette soif cette soif-là. Et je pense aussi que comme je suis j'ai plus vite j'suis vite tombé dans dans l'amour pour l'artistique, dans dans essayer de comprendre "putain pourquoi je vois ça sur scène et et ça me parle, ça me touche beaucoup plus que juste un salto" ou quoi tu vois "pourquoi euh là il se passe rien et pourtant ça me ça me prend quoi". Et j'ai j'ai j'ai vite été enfin très très rapidement été fasciné par ça. Et donc je me suis très vite mis à rechercher ça. Même dès que j'ai commencé à travailler dans le dans ce milieu-là en fait euh déjà je commençais à avoir des expériences de de spectacles, enfin assez d'expériences dans le spectacle pour me rendre compte que que si je restais dans la perf et dans l'acrobatie pure, en fait, j'étais en train de m'esquinter. Parce que euh si tu fais plusieurs fois enfin plusieurs spectacles par jour tous les jours et que tu fais que sauter, t'appelles le béton et tout en fait rapidement je sentais "ah j'ai un poids dans le corps" qui me plaisait pas enfin j'avais pas envie de ça. Et donc j'ai tout de suite trouvé beaucoup plus de de de de nourriture quoi dans euh dans tout ce qui englobait l'acrobatie. Et rapidement l'acrobatie est devenue une épice en fait. Je suis passé par plein de j'ai voulu apprendre je me suis mis à faire de la danse contemporaine je me suis j'ai j'ai cherché après j'ai voulu apprendre d'autres styles de danse le théâtre le théâtre physique. Euh puis après après j'ai un peu évolué dans le milieu du cirque aussi et finalement c'est c'est ça l'acrobatie est est rapidement devenue plus le bonus le l'épice saupoudrée au-dessus du reste.

Mark

Parce que toi tu te décrirais comment ? Parce que l'acrobatie euh moi enfin moi je moi je t'ai découvert par le milieu du trick donc de l'acrobatie mais toi j'ai l'impression que c'est une composante parmi plein de trucs que ce que tu ferais en même temps comment tu te comment tu décrirais ce que tu fais ?

Andréa

Ben à une pendant une certaine époque pendant très longtemps l'acrobatie vraiment était le cœur de de ce que je pouvais proposer, de ce qui m'animait. C'était vraiment le cœur même artistique, encore une fois parce que même quand je faisais des projets euh quels qu'ils soient pour de la danse, du théâtre tout ça, ça restait le le cœur de ce pourquoi on faisait appel à moi ou de ce pourquoi j'étais engagé, c'était l'acrobatie. Donc j'ai vraiment eu une grosse période de vie où c'était quand même ce qui me définissait le plus. Mais euh mais au fond de moi, je me suis jamais senti légitimement comme un euh comme un p* d'acrobate quoi parce que tu vois il y avait des des mouvements que j'adorais travailler que que j'allais travailler qui étaient qui étaient chouettes et qui me et qui m'avaient valu d'avoir un peu de visibilité sur internet tout ça et puis d'autres pour lesquelles j'étais euh pfff... enfin que j'ai jamais bossé, il y a des acros qui sont presque basiques que j'ai jamais travaillés tu vois donc je suis un peu à un niveau un peu en dents de scie comme ça... Et euh et aujourd'hui là plus le temps passe et plus l'acrobatie devient pour moi un un plaisir. C'est plus une quête de de de durée. En fait, j'ai j'ai envie de de me faire plaisir le plus longtemps possible avec de l'acrobatie, même aussi petite qu'elle soit, même si même si ça finit avec pas grand-chose, j'ai vraiment envie que ça ce soit un plaisir qui reste. Et que ce soit plus un un plaisir qui m'use entre guillemets. C'est un peu un gros mot mais c'est un peu un peu ça. Hum et donc aujourd'hui c'est c'est une bonne question de comment je voudrais me définir parce que parce que j'aime trop de choses différentes. Hum on en a pas encore parlé mais je baigne de plus en plus dans la musique aussi euh avec euh avec le handpan parce que j'ai toujours baigné un peu dans la percussion parce que j'ai toujours été passionné de ça aussi donc ça m'a fait bifurquer aussi dans d'autres choses. Euh j'ai toujours adoré le le théâtre, le théâtre physique donc euh pendant longtemps j'en ai plus trop fait parce que j'étais happé par des projets qui étaient moins là-dedans et là j'y reviens j'ai une pièce j'ai monté une pièce de théâtre avec Joséphine qui est un peu notre notre spectacle, notre bébé donc maintenant c'est ça qu'on c'est ça qu'on met en avant et c'est euh et c'est ça qui m'anime en fait, c'est ça qui me plaît. Donc euh c'est c'est difficile à dire. J'ai j'ai du mal à je sens pas que mon cœur est principalement dans un truc ou dans un autre en fait, j'aime le mélange de tout. J'aime autant jouer du handpan que d'être sur scène et raconter des conneries que de faire un salto que que de danser quoi.

Mark

Ouais donc tu pioches plein d'éléments différents dans des un peu des disciplines différentes qui t'appellent et qui t'inspirent pour composer euh que ce soit toi ton spectacle ou ta ta ta manière de bouger ou de t'exprimer en fait c'est un peu ça ou ?

Andréa

Ouais c'est ça. En fait ça me tient à cœur souvent en particulier dans les spectacles ou même dans les petits projets des fois de vidéos et tout d'avoir quelque chose à dire. Et en fait euh ouais de je pense de de se servir de de tous ces petits ingrédients artistiques pour raconter quelque chose, c'est ça qui me qui me porte le plus. Je pense vraiment. En fait, j'ai vraiment une une profonde recherche de sens maintenant quand quand je travaille sur quelque chose. Ça m'arrive de faire encore bien sûr des des plans juste événementiels où c'est juste du mouvement pour du mouvement et où des spectacles qui sont juste dans l'esthétique pure et et dans la performance. Mais je vais plus prendre de plaisir là-dedans quand c'est avec des amis, quand c'est voilà dans dans une sphère sociale dans laquelle je me sens bien. Mais euh mais sinon c'est plus spécialement ce qui va me ce qui va me happer ou ce qui va m'appeler quoi.

Mark

Ok. Et c'est quoi qu'est-ce qui qu'est-ce qui te plaît sur quand tu es sur scène ? C'est quoi le c'est le retour du public c'est le fait de d'exprimer quelque chose qui pour toi est vrai ? Qu'est-ce que...

Andréa

Ouais c'est euh je pense que tous ceux qui font de la scène diront tous la même chose il y a un truc très particulier à être sur scène c'est c'est vraiment un un moment euh qui paraît hors du temps. Où on est extrêmement concentré. Où on partage quelque chose forcément. Et euh c'est pour ça que aujourd'hui j'ai vraiment cette recherche de sens aussi c'est que j'ai vraiment le besoin de si je peux vraiment partager quelque chose et raconter quelque chose et euh et que ça lance une réflexion possiblement chez le chez le spectateur là c'est vraiment ce qui me ce qui va le plus me motiver. Que maintenant la perf pour la perf je commence un peu à être un peu blasé de ça. Encore une fois faut vraiment que je sois avec des copains ou dans un contexte pour bien rigoler et tout mais sinon c'est plus quelque chose qui me qui me transcende spécialement maintenant. Mais il reste que le moment d'être sur scène en fait c'est il y a une sorte d'état de concentration qui est à part, qui est qui est indescriptible, qu'on a pas ailleurs quoi. Qui fait je pense que c'est c'est ce que ressentent aussi des gens qui sont qui font des disciplines un peu extrêmes, tu vois ou des choses qui demandent une concentration absolue où que ce soit des sports mécaniques à très très haute vitesse, que ce soit des des euh des sports un peu en altitude de la grimpe extrême ou quoi, je sais pas je pense que ça met dans un état de de de focus qui est vraiment inédit. Et euh et moi c'est ce que je ressens un peu sur scène, qui qui me plaît beaucoup qui fait que la sensation d'être sur scène même dans des moments où euh je sais pas parce que ça joue tous les jours, on peut avoir la flemme et tout mais le le moment J le moment d'être sur scène est quand même très très puissant.

Mark

C'est parce que ça te permet de te dépasser ou ?

Andréa

Ouais parce que c'est une concentration qui permet de se dépasser parce qu'il y a il y a une énergie aller-retour en fait entre soi et le public. Entre le public et soi, il y a un truc on donne quelque chose, le public nous le renvoie et c'est c'est une force c'est vraiment c'est difficile de mettre des mots dessus mais...

Mark

Et ça tu l'as tu l'as senti dès le début ? Tu as été tu as été mordu tout de suite la première fois que tu es monté sur scène ?

Andréa

Ouais le tout premier spectacle j'avais 13 ans c'était avec justement avec le groupe de hip-hop avec qui je commençais à apprendre. J'avais 13 ans euh et donc dès le début de l'année, on on faisait des chorégraphies, on savait qu'il y allait avoir un spectacle de fin d'année euh au village de Roquebrune. Et euh ça me terrifiait, l'idée de faire ce spectacle me terrifiait démesurément et c'est la première fois du coup que je faisais un vrai spectacle vraiment avec de la chorégraphie, de la danse, devant un public, dans une salle dans l'ombre avec voir ce que ça fait d'avoir les projecteurs dans la tronche, de pas voir les gens, de d'essayer de lâcher ses ses petites perfs malgré tout, malgré ce contexte. Et euh et ouais, dès le départ il y avait cette sensation, c'était même même démesurément plus fort que après on on devient jamais blasé de ça. Ça reste toujours un moment important. Mais euh mais les premières fois elles sont elles sont dingues.

Mark

C'est intéressant parce que tu parles de la peur mais tu parlais de la peur de de monter sur scène quand tu avais 13 ans et là tout à l'heure on va en parler un petit peu mais tu parlais de la peur de monter sur scène pour pour les JO en fait cette peur est-ce qu'elle est pas un peu toujours là entre guillemets parce que comme tu es dans le dépassement de soi quelque part ça te renvoie... c'est mon image en fait c'est qui je suis... tu t'évalues toi-même par rapport à ce que tu donnes et par rapport au regard des autres la peur elle est toujours là ou est-ce que c'est un outil comment comment tu le vois ça ?

Andréa

Ouais. Bah il y a forcément tu parlais du regard des autres, on a pas trop parlé mais c'est forcément une une énergie qui a son poids quoi, quand on fait de la scène, quand on fait du spectacle et ben il y a le poids du regard des autres et et euh et dans la vie tout court hein, enfin quand on fait de la scène, il y a un truc au fond de soi qui qui peut être aussi lié à à cette chose-là, tu vois. Le regard des autres compte mais il y a quand même sur le moment sur le moment présent c'est vraiment vis-à-vis de soi en fait la plus grande peur enfin en tout cas moi la plus grande peur que je peux le plus grand stress que je peux ressentir dans ces moments-là, c'est c'est la peur d'être d'être déçu de moi-même, de sortir du truc et de me dire "oh j'ai merdé... j'ai pas fait ça comme j'aurais pu, j'ai pas fait ça comme j'aurais voulu". Et euh et je pense que j'ai peur de ça. Si si je devais définir qu'est-ce qui est-ce que c'est intéressant qu'est-ce qui fait peur ? Parce qu'il y a quelque chose de d'intime à être sur scène donc on montre de soi. Donc euh il y a quelque chose de très de très de de de de mis à nu quelque part. Donc ça ça renvoie aussi à à la notion de regard de l'autre à ce moment-là dans ce moment très particulier de de spectacle ou que sais-je. Et euh mais je pense que la la plus grande peur elle est vraiment intérieure, elle est dans j'ai j'ai pas envie d'être déçu de moi-même à à ce moment-là.

Mark

Est-ce que toi tu es dur avec toi-même parce que tu as des exigences très élevées de "il faut que je le fasse ce mouvement je dois le faire mieux ou cette scène je dois la faire mieux" ou est-ce que voilà tu arrives à vivre avec ça en disant bah j'ai donné tant que j'ai donné le mieux que je pouvais je suis satisfait...

Andréa

Euh j'ai été très très très très dur avec moi-même longtemps. Très très dur. Et j'ai tendance à à lâcher un peu ça. À à plus basculer plus dans euh "c'est bon j'ai j'ai réussi à donner le meilleur malgré tout à ce moment-là avec les conditions du moment et" j'arrive un peu plus à basculer là-dedans. Mais je j'avoue que je garde quand même un côté très dur avec moi-même euh alors je pense que j'ai un peu plus lâché là-dessus pour ce qui est du spectacle vivant. Parce qu'il y a un truc de on peut pas tout contrôler, ça fait partie du spectacle vivant que rien ne se passe comme prévu. Donc je ressens moins ça maintenant mais par contre dès qu'il s'agit d'un projet euh que je vais écrire euh ou euh que je vais un projet vidéo que je vais monter, tout ça là, je vais me prendre la tête comme un psychopathe jusqu'à ce que ouais là je vais je vais en tout retourner dans tous les sens jusqu'à ce que je sois vraiment content. Donc là je peux devenir un peu fou. Mais je pense que dans le spectacle vivant, j'ai vachement lâché euh là-dessus. Il y a toujours une exigence qui est vraiment là, qui est forte mais mais qui est euh mais qui est plus euh qui a beaucoup plus de lâcher-prise euh maintenant. Sur les choses qu'on peut pas contrôler en fait.

Mark

Parce que tu pourras jamais tout contrôler. Donc c'est c'est une question de maturité de ben en fait voilà arrivé à un certain âge aussi je je sais enfin voilà j'ai donné le max j'ai eu le retour que je voulais vis-à-vis du public...

Andréa

Ouais et puis c'est petit à petit on se rend compte aussi que si on sort de son prisme intérieur, de soi, en fait je sais pas si tu tu discutes avec quelqu'un ou tu regardes quelqu'un d'autre en spectacle et puis euh tu vas le voir et puis il sort de scène et il va te dire "oh là là j'ai fait de la merde et machin" et puis toi tu te rends compte qu'en fait non tu as pour toi c'était très bien. Ce qui t'a donné à ce moment-là c'était très bien. En fait le ressenti intérieur est pas forcément le même que que ce que les gens euh perçoivent. Et euh mais c'est un petit détail mais en fait c'est quelque chose qui qui a commencé un peu à me faire lâcher prise aussi là-dessus, à me rendre compte que parfois on est très dur avec nous-même on se dit on a fait de la merde, machin puis mais en fait ce qui a été reçu n'est pas du tout forcément du même ordre que ce que tu as ressenti.

Mark

Et toi tu sais ce que tu voulais faire entre guillemets donc tu as une grille d'évaluation qui est différente. Et si le public entre guillemets qui est là pour passer un bon moment et qui qui connaît pas le programme mouvement par mouvement...

Andréa

Oui c'est ça ouais. Exactement en fait la personne qui voit le spectacle, qui voit le film ou quoi, il ou elle découvre. Donc euh le processus de quand tu sais ce que quand c'est toi qui a créé, que c'est toi qui a écrit, que c'est toi qui a préparé, que tu sais déjà tout à l'avance que tu l'as fait 1000 fois, ben forcément le regard il a plus rien à voir, c'est plus du tout la même chose et et c'est là où tu où il faut jongler avec euh une exigence il faut qu'elle soit là tu vois l'exigence envers soi parce que ça te permet de te de donner le meilleur de toi-même. Mais en même temps faut pas trop devenir fou euh là-dessus parce que parce qu'on l'a jamais et puis voilà de toute façon c'est extrêmement biaisé. Il y a il y a un écart enfin il suffit de de de voir un film d'une fois, tu découvres un film, OK tu prends tout euh tac et tu revois le film et déjà c'est plus pareil, c'est normal, tu vois.

Mark

Et pour revenir un peu sur la peur on a parlé un petit peu tout à l'heure mais j'aimerais bien que tu me racontes les JO parce que pour la petite anecdote je te l'ai déjà raconté mais je vais te le redire mais je regardais la cérémonie d'ouverture des JO.

Andréa

Je regardais la cérémonie d'ouverture des JO je revenais en plus j'étais décalqué, je revenais d'une mission au Canada, j'étais complètement à l'ouest. Et je vois la cérémonie je suis avec ma copine dans le salon. Et là je vois quelqu'un en train de faire des mouvements sur les plateformes. Et je dis à ma copine je dis mais attends mais c'est un de mes potes ça il est en train de danser et puis là il y a le porteur de flammes qui arrivent sur les toits et puis il y a une figure qui pop, un saut qui pop, j'ai reconnu le style tout de suite et je dis c'est fou ça me ressemble de fou et ma copine elle me regarde elle me dit mais c'est pas toi ? Je lui dis mais non mais non je suis là je suis avec toi et puis 2 minutes plus tard on voit le mec qui court sur les toits et je reconnais exactement la dégaine et je savais tu sais que quand tu connais tes potes... et du coup j'envoie un message à ma copine direct et je lui dis dis-moi que c'est toi... Je crois que je sais qui c'est ça. Elle m'a dit mais tu es fou à qu'est-ce que tu racontes encore tu as 50000 potes arrête tu fais semblant et tout machin n'importe quoi avec tes histoires et tout j'ai fait non non mais je te jure je crois que c'est.

Mark

Et deux jours après tu postes sur Instagram que c'était toi. Iconique. Enfin c'est incroyable enfin c'est quand même un moment hyper fort... Comment c'est arrivé déjà ? Comment tu as comment tu as eu le projet on va dire parce que c'est quand même pas anodin et et puis comment tu l'as vécu quoi c'est quand même c'est hyper fort.

Andréa

C'était un sacré moment ouais. Déjà petit disclaimer 2 jours après je ne l'ai pas posté, c'est des gens qui ont spéculé parce que moi j'avais rien le droit de dire. Donc il y avait beaucoup de gens qui partageaient plein de trucs il y avait eu Brut qui avait fuité avec quelqu'un qui disait "ah moi je pense je suis sûr que c'est un tel, un tel, un tel" et il y avait mon nom qui est sorti. Et moi j'avais le rien le droit de dire. Du coup il y a plein de gens qui me contactaient à ce moment-là mais je pouvais rien répondre j'avais pas le droit et il s'est passé un un moment avant qu'on puisse le partager sur les réseaux. Euh donc comment je me suis retrouvé là-dessus ? Du coup j'ai un un très bon ami à moi qui s'appelle Zenzel qui est un vidéaste aussi euh vidéaste aussi du mouvement en grande partie mais pas que. Et euh et en fait euh lui il s'est retrouvé sur le projet à chapeauter un peu le tout l'aspect personnage masqué de la cérémonie et euh il a réuni une équipe parce que forcément ça pouvait pas être qu'une seule ça pouvait pas être qu'une seule personne c'était infaisable. Euh donc il en fallait plusieurs et puis en fonction des des différents tableaux qui étaient demandés il fallait il y avait il fallait qu'il y ait des courses sur les toits voilà c'était beaucoup de marche et de courses. Et comme il y avait un morceau chorégraphique et que euh en direct avec des danseurs sur une sur sur la passerelle Debilly et que et que parmi ses amis enfin on est on est toute une bande de potes où il y en a beaucoup qui sont dans le milieu pas mal du parcours, de la grimpe et tout qui sont très à l'aise sur les toits donc il y en a pas mal pour qui ça coulait de source pour Zenzel de les engager euh sur les toits tout ça. Et puis du coup pour la partie de la passerelle Debilly, c'était quelque chose de plus chorégraphique et donc c'est pour ça qu'il a qu'il a fait appel à moi. Et on s'est retrouvé un jour un à prendre un café euh quelques quelques mois pas mal de mois avant, je crois que ça devait être en hiver, peut-être, peut-être février mars par là, il m'a dit faut que je te parle d'un projet, voilà on m'a mis sur un truc, il faut que je réunisse une équipe. Donc il serait question que tu crées un petit solo, tu auras quelque chose de lourd dans la main et tu verras pas grand-chose, c'est tout ce que je peux te dire, tu vois. Je me disais waouh, qu'est-ce que... Et puis assez rapidement je me suis dit ah oui c'est quelque chose dans la main avec une flamme au bout et tout, il me dit "c'est comme une espèce de de bouteille d'eau" alors ça c'était drôle, il n'avait pas le droit d'en parler. Ça c'était rigolo puis on est on est venu ici dans le bois de Vincennes et du coup on a commencé à travailler des idées de mouvements euh il m'avait il avait fabriqué une une double bouteille d'eau qui avait un peu la la la taille et le poids de de de la torche, qui faisait son poids en fait c'était un peu tout le on reviendra après sur l'aspect adrénaline et la peur à ce moment-là parce qu'il y a beaucoup d'aspects en fait au moment euh il y a beaucoup de paramètres, on va dire qui étaient qui étaient compliqués. Mais euh mais voilà à ce moment-là on a préparé ça euh un peu un peu au début sans trop savoir comment ça allait être vraiment articulé, puis après il a commencé à avoir des les premières répétitions dans des endroits un peu secrets. Euh du coup moi je me retrouvais toujours dans la partie passerelle Debilly où il y avait les danseurs et Philippe Katerine.

Mark

Tu avais une vraie torche à ce moment-là ou tu savais que ça être tu t'en doutais bien je suppose ?

Andréa

Bah j'avais la vraie dans les mains. Oui là j'avais la vraie. Elle était pas allumée mais j'avais la vraie donc je commençais à voir un peu c'est quoi le le donc on a eu quelques répétitions comme ça quand même avant. Et euh mais il y avait quelque chose de très mystérieux de très secret, je commençais à deviner que c'était des copains, que c'était Simon, Johan... Enfin de de de deviner qu'il y avait pas mal de copains qui étaient qui étaient aussi sous le costume parce que quand j'allais faire les essayages de costumes, je voyais qu'il y avait des croquis avec les avec les gabarits pour différentes personnes et tout donc euh voilà. Mais c'était très secret, personne n'avait trop le droit d'en parler donc c'est c'était rigolo quoi on on avait tous l'impression de faire partie d'un grand plan mais euh sans trop euh sans trop pouvoir en savoir plus, enfin c'était rigolo d'ailleurs le jour J c'était vraiment cette sensation de prendre le métro dans un Paris désert et euh et d'avoir vraiment l'impression d'être d'être dans un grand plan quoi, de de faire partie d'un d'un gros rouage.

Mark

et les gens autour ne savent pas...

Andréa

Personne sait, toi même tu vas faire un truc mais tu sais pas trop... comment ça va vraiment se passer...

Mark

Si tu savais pas que tu étais sur...

Andréa

Si si si par contre si je savais je savais que j'étais sur la passerelle tout ça mais il y avait le la météo, on voyait que la météo allait pas être très cool. Et euh et bon bah ça c'était c'était comme ça quoi malheureusement, il faisait beau tout le temps sauf ce cette période là ce jour-là. Et euh et puis c'est là que ouais le jour J la météo a aussi contribué à cette à cette petite pression. Parce qu'en fait euh nous on on était en extérieur du coup, ben qui dit pluie euh dit ça glisse. Euh ma principale peur en fait finalement en faisant les premières répetes, c'est que je me rendais compte c'était le la torche. Non seulement il y avait du poids, le poids il était assez euh élevé, au-dessus de la main, donc en fait le moindre mouvement créé un déporté. Et puis la matière de la torche faisait que avec la pluie, avec l'eau en fait ça glissait, c'était vraiment c'était une savonnette. Donc du coup toute l'après-midi j'avais j'ai on a utilisé des astuces et puis il y a Zenzel il était avec moi, il et il me fait essayer de la colle de handball. Et euh c'est très efficace tu vois, c'est c'est c'est vraiment un truc tu te mets ta main c'est vraiment c'est très très efficace, donc je fais les répètes avec ça, tout confiant, je me dis ah mais c'est génial euh là elle m'échappera pas des mains et tout c'est trop bien euh je pouvais vraiment euh une un super grip quoi. Et euh et puis là je commençais à me dire bon dans la choré j'ai prévu ça ça ça et puis à la fin je ferai un papillon et tout. Enfin tu peux pas faire des mouvements de ouf avec ça franchement déjà que je faisais des des macoques et des trucs comme ça c'était le max tu vois. Mais papillon je le sentais bien, je disais peut-être je pourrais faire un petit saut à la fin et tout. Mais bref, tout confiant et puis euh les répètes sont finies, je vais me laver, ça ça paraît un détail mais c'est une c'est une anecdote qui a son qui a son importance allez je vais me laver les mains pour m'enlever cette fameuse colle et c'est galère hein enlever, c'est vraiment euh coriace. Je me dis waouh, trop bien. Et puis je vois que ça part je me dis ah très bien, je me sèche les mains et puis je vois que ça recolle ah putain je me relave les mains. Hop ça a l'air de partir c'est bon je me sèche les mains ça finit par recoller à nouveau. Bref ça paraît un détail anecdotique comme ça mais ça aura son importance plus tard. Je finis par réussir à me l'enlever cette colle. Et puis arrive le moment J, il pleut comme c'est le pire moment de la journée il pleut des trombes à ce moment-là. Donc j'attends sous une petite tente euh à 40 mètres à peu près de du de la passerelle. Où euh où j'avais une petite oreillette, j'attendais qu'on me donne le go. Faut savoir que dans ce masque aussi euh c'est un ma une sorte de masque d'escrime, bah tu vois pas grand-chose donc dès que tu as des projecteurs dans la tête euh pouf ça ça la lumière elle se elle se diffuse à travers les mailles et et tu vois rien. Mais heureusement le la passerelle est rouge avec des bandes blanches donc ça me donnait un repère un peu. Pour vraiment rester droit on va dire.

Mark

Parce que là la pression j'avoue qu'elle est assez extrême parce que c'était différent de de 2012 tu vois. Là je me suis dit je pense que enfin là tu te dis si tu foires ça tu deviens un meme sur internet tu vois. Donc tu as pas envie de foirer quoi.

Andréa

Tu as plus peur de faire de faire un mouvement et que ça m'échappe des mains. C'était ça qui me faisait le plus peur. Parce que les chaussures qu'on avait elles adhéraient bien au sol mais j'avais pas trop peur de glisser au niveau des pieds. Mais assez confiant avec ma colle et puis là on me donne le go hop, j'avance sous l'eau, j'avance sous la pluie j'étais à 40 m de la caméra et là je sens que si je fais ça... ça refait la savonnette. Là je repense à quand je me lavais les mains, c'est qu'en fait ça a fait pas effet dans l'eau. C'est pour ça que j'avais l'impression que ça partait. Dès que je me séchais les mains, ça recollait, c'est parce qu'en fait la colle ne marchait plus sous l'eau. Et là j'avais pas capté ça tout de suite ! Du coup là je me disais oh là là mais pendant cette marche je me suis je revais tout refais dans ma tête je me suis dit mais je vais juste marcher, je vais pas faire les mouvements parce que le premier mouvement c'est une sorte de le lazy boy que je faisais au début, je me suis dit mais ça va m'échapper des mains c'est pas possible euh Et puis en fait euh on en parlait au début de la conversation ce moment de focus ultime et en fait le tu finis par te dire "non let's go quoi", j'y vais, je je réfléchis plus et et j'ai grippé à mort la torche et puis elle elle je sentais qu'elle partait mais je sais pas je si j'ai trouvé des astuces pour qu'elle reste toujours dans ma main. Au moment où je fais les macoques il y a un petit moment un peu improbable où je fais ça, ça se voit à peine dans la vidéo mais c'était un moment où je j'ai vraiment cru qu'elle allait m'échapper des mains. Et puis au final voilà ça s'est bien passé et j'ai hurlé après quand ça s'est fini, je criais d'adrénaline, de peur, de tout euh... Ce qui était très très drôle c'est que je sors de la caméra, je sors du pont, donc j'avais plus les bandes rouges et blanches et je voyais plus où j'allais et je commençais à avancer vers l'eau et puis c'est quelqu'un qui est venu me chercher en mode "non non non, c'est par là", mais j'étais plus en caméra à ce moment-là. Parce qu'en fait j'étais aveugle, complètement là-dedans quoi c'était l'horreur totale. Mais c'est et en plus ça devait être une enfin parce que entre les répètes et le moment où tu où tu montes sur sur cette scène enfin toi tu avais tout imaginé, j'imagine tu t'étais t'étais fait tous les scénarios un peu catastrophes et là t'arrives, t'as un scénario que t'avais pas du tout prévu à savoir ça glisse.

Mark

Et euh et les est-ce qu'il y a eu des retombées ensuite quand les quand les gens ont découvert que c'était toi, est-ce que ça t'a ça t'a servi ou est-ce que...

Andréa

Ouais on on a eu quelques plans de taf euh derrière euh notamment avec Simon, on a eu des choses qu'on a fait pas mal ensemble. Euh qui ont découlé directement de ça. Et puis euh et puis depuis non, après c'est un truc c'est comme incroyable talent ces choses-là quoi, pendant quelques temps il y a une petite en fait maintenant ça va de plus en plus vite ces choses-là il y a y a toujours des c'est le buzz quoi, il y a un truc qui peut être viral à un moment donné où il se passe un truc, on est sous les projecteurs et puis et en fait c'est super éphémère. Mais par contre en termes de CV, sur le papier ça se ça ça se rajoute aux petites choses qui euh qui sont cool, qui ont un petit peu son poids.

Mark

Et ça te faisait quoi de de de parce que moi mon expérience des JO c'était vraiment en tant que touriste, enfin j'étais dans Paris j'ai vu quelques épreuves, je me suis baladé enfin euh pour moi les JO c'est une période j'ai jamais vu autant de joie dans la ville que qu'à cette période-là, enfin c'est pour moi Paris c'était magique. Et euh c'était comment du coup de d'être un peu tu vois d'avoir contribué à ça tu vois à ton échelle ou de faire partie d'un des rouages tu vois, d'être en coulisses des JO, enfin c'était quoi euh comment comment tu l'as vécu ça ?

Andréa

Je l'ai plus vécu après coup tout au long de l'été où en fait je me rendais compte du bonheur que ça avait apporté aux gens globalement cette cette cérémonie, ces JO à Paris. Et puis euh et puis du coup c'était euh ça a donné lieu à on a pas mal discuté dessus parce que quand les gens euh se rendaient compte que de cette histoire de personnage masqué, ben du coup ça créait, ça a créé beaucoup de de discussions passionnées quoi. Donc je me rendais compte à quel point c'était quelque chose qui avait qui avait marqué les gens. Mais euh j'ai pas je je l'ai pas trop euh je l'ai pas énormément vécu de l'intérieur, je veux dire c'est le jour J euh tu te déplaces dans Paris c'est désert il y a personne à toutes les rues euh aux alentours de tout ce qui se passait là euh vers la passerelle Debilly mais c'était pareil partout euh c'était tout désert quoi. Et puis on s'est retrouvé au après avoir fait notre petit passage, on s'est tous retrouvé euh au dernier bar avant la fin du monde euh toute la nuit. C'était drôle parce que toutes les rues étaient barricadées, enfin tu sais, il fallait même il y avait des il y avait des barrières partout, donc il il fallait passer par le Théâtre du Châtelet je me souviens pour pour arriver dans le bar qui était ouvert pourtant hein mais euh les barmen ils étaient en mode "putain, c'est n'importe quoi on est on doit rester ouvert et en même temps on nous met des des grosses barrières personne..." du coup on a squatté le bar toute la nuit à tous se retrouver, et c'était trop trop chouette.

Mark

Est-ce que tu parles du côté apocalyptique, comment tu comment tu gères l'imprévu dans dans une quête on va dire artistique ou en fait tu peux pas tout contrôler. Tu le vois c'est que ce soit dans l'expression du corps ou de...

Andréa

Ben ça tu l'apprends à tes dépens l'imprévu en fait. Au début tu veux faire tu veux essayer de tout prévoir. Au début tu euh tu fais tout pour et puis euh il finit toujours par arriver des des aléas des des des scènes ou des tournages qui se passent pas comme prévu et où tu dois bifurquer, improviser, faire autrement. Quand tu travaille dans ce milieu ça t'arrive très vite. Ça donc euh donc en fait tu tu finis toujours par lâcher prise euh vis-à-vis de l'imprévu.

Mark

Est-ce que c'est ce qui est marrant c'est que ça ça t'énerve moins que le fait qu'il y ait des trucs de base qui soient pas gérés tu vois ce que je veux dire ?

Andréa

Oui. En fait oui c'est en faisant de la scène que tu apprends euh à faire de la scène et c'est en jouant que que tu vas découvrir que tu vas te tromper et que tu vas pas du tout faire comme quand tu t'étais entraîné et que du coup tu vas devoir faire comme si euh il s'était rien passé. Et que tu vas devoir tout donner malgré tout enfin en fait tu tu malgré toi tu te retrouves vite à devoir jongler avec ça. C'est comme quand tu commences à jouer d'un instrument de musique et que ton jeu que dans ta chambre, c'est une chose. La première fois que tu joues devant quelqu'un ou pour un public, ah, tout à coup tu as l'impression que tu sais plus jouer. Et euh et du coup tu vas faire plein d'erreurs et tu vas il y a plein de choses que tu vas pas faire comme prévu mais du coup tu vas tout faire pour que ça se voit pas. Et souvent ben quand tu t'entraînes tout seul, ben tu t'entraînes pas à ça. Faire de la scène en particulier c'est une incroyable école pour ça. Pour pour cette gestion-là.

Mark

Est-ce qu'il y a un moment en particulier qui te vient à l'esprit peut-être pas un flop mais un moment où vraiment ça s'est pas du tout passé comme prévu et ça t'a appris beaucoup ?

Andréa

Euh, on peut passer comme prévu. Est-ce qu'en fait tu as réussi... Incroyable talent en vrai ça s'est vraiment pas passé comme prévu... Le y a eu trois passages les deux premiers passages ça va mais le dernier en direct on m'avait dit on veut te mettre de l'eau sur le sol... je dis ah ouais non je sais pas ça m'inspire pas trop... j'avais commencé à créer ma choré mais ça avait pas trop de rapport avec le fait d'être dans de l'eau. Donc après ils finissent par ils insistent là-dessus, ils finissent par me par m'y plier quoi. Et par euh par valider et puis finalement après euh une semaine avant on m'a dit ah bah tu auras un bac avec un fond d'eau qui sera grand comme ça comme ci comme ça. Ok et puis finalement la veille euh ça change encore et finalement le bac il est de plus en plus petit. Puis je me retrouve le jour J avec un truc tout petit comme ça avec sa ça d'eau tout moche et tout je me dis putain euh qu'est-ce que je vais faire avec ça ? Bon, ok, j'essaie de me préparer là-dessus, je m'entraîne dessus, ça glisse comme si comme si j'étais euh au bord de l'eau euh sur les rochers euh à Saint-Raph, tu vois. C'est le truc qui glisse la mousse au bord de de bord de mer qui glissait mais mais tellement ben du coup c'était impossible et euh mais en fait c'était comme ça c'était le jour J et j'avais déjà un peu planifié ma coré et tout donc bon on va voir, tu vois. Et puis euh et puis du coup ben au moment du direct euh je fais tout ce que je peux puis au moment où j'arrive dans l'eau ben je glisse vraiment, je tombe dans l'eau quoi. Et du coup la moitié des trucs que je voulais faire je peux pas les faire. Du coup j'en joue, tu vois je sais pas je roule dans l'eau je sais plus ce que je fais je fais des trucs mais mais en fait je tombe vraiment quoi. Donc voilà ça c'était pas prévu. Et c'est à un moment donné où tu as pas envie que quelque chose que t'ai pas prévu se passe mais voilà tu fais avec.

Mark

Et donc ça c'était en finale ?

Andréa

Ça c'était demi-finale parce que normalement c'est vrai que normalement tu fais trois passages si tu vas en finale. Mais oui pour ils avaient rajouté une sorte de deuxième passage un peu de mise en scène battle que j'avais fait donc donc j'ai fait trois passages mais c'était la demi-finale.

Mark

Et puis quand tu es jeune aussi euh quand on te propose un truc aussi euh enfin à ton échelle et à ce ni enfin quand tu as démarré surtout c'est le "Ah je passe à la télé"

Andréa

Ouais bah oui bah j'avais des étoiles dans les yeux donc en fait je me pliais à à ce qu'on me disait mais euh tu vois si ça se passait aujourd'hui euh je dirais "ben non c'est comme ça ou rien". Je m'étais un peu laissé manger en fait par ce qu'on me proposait.

Mark

Quand tu es jeune je pense que tu as moins aussi ce rapport à "en fait ton corps c'est c'est un c'est un c'est un entre guillemets un consommable" c'est-à-dire que tu peux l'abîmer tu peux te blesser tu peux et euh je pense que c'est en grandissant en prenant de la maturité et en se blessant forcément que tu apprends aussi à jauger de ce que tu peux faire pas faire aussi euh c'est quoi ton rapport à ça et au euh entre guillemets l'entretien du corps les blessures les leçons que tu en tires comment euh

Andréa

Euh bah je je suis passé par beaucoup de phases parce que comme j'ai pas fait de j'ai pas fait de la gymnastique ou des choses en fait qui te cadrent et qui te donnent une discipline vis-à-vis de ta condition physique dès le départ, je commençais à m'entraîner tout seul euh je commençais déjà à avoir des douleurs de dos quand j'avais 15 ans parce que je m'entraînais pieds nus sur le béton euh je faisais n'importe quoi n'importe comment. Après quand j'ai commencé à faire de la capoeira, ça a commencé à me cadrer. Euh ça a commencé à me donner un peu plus de rigueur euh vis-à-vis de ma condition physique tout ça. Mais j'ai je suis toujours resté assez euh laxiste là-dessus. Je m'échauffais pas beaucoup euh Ouais, j'étais très j'étais pas très regardant sur ça pendant très longtemps. Et puis euh est venu ma première claque ça a été le confinement. J'avais j'avais j'avais quel âge au confinement 31 ans, un truc comme ça. Et euh et là pour la première fois, je sortais d'une énorme période de travail et d'un coup tout s'arrêtait et d'un coup je me suis plus entraîné, plus rien, c'est la première fois de ma vie que pendant si longtemps pendant toute la période de confinement je me suis j'ai rien fait je me suis pas entraîné, j'étais chez moi je geekais, je je faisais des trucs sur mon ordi et tout mais j'ai pas fait de sport tu vois. Et euh et là et j'ai repris d'un coup et euh et là je me suis mis à avoir des douleurs que j'avais jamais ressenti. Alors peut-être c'était le fait de m'être arrêté. Tout à coup il y a il y a tous les curseurs tous les tous les euh tous les boutons de mon système nerveux se sont mis sur off. Et puis d'un coup j'ai repris sans tout rallumer tu vois. Et du coup mon corps il est en mode "waouh qu'est-ce qui se passe", il s'en est pris plein la tronche d'un coup, j'ai repris comme si j'avais jamais arrêté et j'ai commencé à avoir plein de douleurs les adducteurs le dos et tout euh tu as dit "rien". Dès le j'ai commencé à avoir des petits lumbagos et tout euh. Mais euh donc voilà ça c'était la première claque. Mais après la vraie vraie vraie vraie grosse claque est arrivée euh peu de temps après ça en juillet 21 ouais j'ai eu un accident vraiment énervé. Et euh en fait cet accident euh aussi dur a-t-il été a vraiment changé mon rapport à ça. En bien, du coup. Et en fait c'était à un endroit où j'allais jouer à un festival euh vers Lyon. Et euh ça c'était pas dans le cadre du spectacle. C'était dans l'enceinte du festival il y avait un une structure en fait j'étais en pause, j'étais installé sur une structure. Et euh et en descendant de la structure, j'avais j'étais descendu en en saut de bras tu sais en m'accrochant sur le mur comme ça pour pouvoir descendre comme j'étais monté en fait. Et comme j'étais monté bah je m'en étais pas rendu compte qu'il qu'il y avait possiblement un problème, mais en descendant, il y a un morceau qui s'est décroché. Et je suis tombé au sol écrasé par cette plaque de par ce bout de béton en fait que j'avais que j'avais toujours dans les mains. Qui faisait son poids, qui apparemment faisait quand même 500 kg d'après les d'après les les gens qui ont réussi après derrière avec une machine à soulever la pierre. Et euh mais comme j'étais euh accroché dessus comme ça. En fait c'est mon genou qui a tout pris. Enfin qui a qui a empêché de que mon corps se fasse écraser quoi. Donc je suis quand même tombé sur le dos donc il y a quand même eu le choc de la chute mais comme j'étais comme ça ben ça m'a pas écrasé le visage en fait tu vois mais par contre ça m'a éclaté le genou. Donc je suis allé parti aux urgences tout de suite parce que j'avais la rotule dehors, j'avais la la chair arrachée là et tout. Et donc ils m'ont euh ils m'ont rafistolé euh comme ils pouvaient, j'avais le tendon rotulien partiellement coupé mais pas complètement. Du coup ils l'ont laissé se résorber tout seul, ils ont juste recousu la chair et et voilà donc du coup j'ai eu une un peu une convalescence du genou le temps de récupérer ma mobilité du genou tout ça. Et quand j'ai pu commencer à un peu rejouer, retourner sur scène quelques mois plus tard, ben je sentais que mon dos était pas comme d'habitude et je commençais à avoir des grosses douleurs de dos inédites. Et euh après j'ai déclenché une sciatique qui a duré extrêmement longtemps, une sciatique euh énervée quoi vraiment tu peux pas bouger tu peux pas vivre et je devais quand même bosser, j'avais des résidences de créa donc je pouvais un peu me manager physiquement mais quand même c'est super chaud parce que parce que c'était dur de vivre, tout simplement quoi. Et euh et en fait après on m'a décelé une grosse grosse hernie discale, donc c'est en fait ça coïncide pas mal avec le fait d'avec l'écrasement tu vois le fait d'avoir été comprimé comme ça, le disque qui part dans cette direction. Donc ça a dû pas mal aggraver à ce niveau-là. Et il y a eu quand même comme ça 2 ans de galère à peu près où vraiment j'avais régulièrement très régulièrement mal. Euh surtout au dos, le genou ça s'est assez bien remis, c'est vraiment le dos qui revenait tout le temps. Puis après j'ai fini par vraiment euh à un moment donné mettre une pause dans ma vie pro. Il y avait des projets sur lesquels des projets qui venaient de s'arrêter, d'autres qui étaient sur le point de commencer et que j'ai finalement desquels j'ai dû sortir en disant "voilà là j'ai besoin de de prendre ce temps pour moi, pour récupérer mon corps".

Mark

Est-ce qu'à ce moment-là il y a une une remise en question de c'est bon j'arrête c'est trop dur physiquement ou est-ce qu'au contraire c'est un un je veux faire je veux continuer et c'est un tremplin je sais pas.

Andréa

Il y a eu grosse remise en question ouais ouais bien sûr parce que j'avais tellement mal que j'avais mal toute la journée je pouvais plus me doucher normalement... et je sentais que l'âge arrivé je commençais à arriver vers la trentaine, tout le monde me disait "c'est normal c'est la trentaine" donc je me disais "putain mais la trentaine c'est l'enfer quoi". En fait non ça m'énervait que les gens me disent ça parce que je savais que c'était mon accident qui me rendait comme ça tu vois. Donc bref, ouais grosse remise en question mais d'un coup c'est là où euh une fois que je suis rentré j'ai dû j'ai dit stop pendant plusieurs mois de rien faire là j'ai pu enfin reprendre en main la machine et essayer de la réparer par moi-même parce que les kinés en fait il te il te soignent sur le moment pour ce que tu as mais après l'entretien il va il y a que toi qui peux le faire sur le long terme. Et donc là depuis j'ai vraiment installé beaucoup plus de rigueur dans ma vie là-dessus, sur la prépa physique, sur prendre soin de mon dos, sur m'écouter aussi, pas faire de sauts, ne pas sauter quand j'ai pas envie de sauter, quand je le sens pas, vraiment de vraiment m'écouter quoi. Donc euh cet accident a été douloureux mais en même temps ça a été une des meilleures choses qui pouvaient m'arriver à cet âge-là, je pense que c'est l'âge parfait pour se remettre en question là-dessus et et arrêter de penser qu'on a 20 ans. Et puis j'en ai 36 aujourd'hui, j'en ai 36 et demi. Et puis euh et puis euh je me sens pas... je me sens encore jeune, mais c'est pas non plus comme euh, je me sens pas non plus comme comme à 20 ans. C'est quand même différent. Honnêtement, c'est quand même très différent. Dans le rapport surtout euh à sortir les choses à froid comme ça quoi. Avant vraiment je pouvais me lever d'un coup là puis partir en flip. Là jamais de la vie quoi, j'ai l'impression que si je fais ça je vais péter en deux tu vois.

Mark

Et donc ça c'était... est-ce que quelque part c'est un peu la leçon que tu tires de ça c'est vraiment en fait voilà faut que je ménage mon corps parce que j'ai quand même vi...

Andréa

Ouais, c'est ça, c'est devenu plus précieux à mes yeux. Souvent quand il nous arrive des choses comme ça, les choses deviennent plus précieuses d'ailleurs. Mais ouais, du jour au lendemain vraiment ça m'a fait prendre conscience du caractère vraiment précieux du corps. Et euh et c'est même devenu un challenge excitant de continuer à vieillir et d'essayer de me sentir le mieux possible en vieillissant et continuer à me sentir libre de bouger si j'ai envie de bouger, de faire un saut si j'ai envie tu vois.

Mark

J'imagine que tu es quand même assez sollicité, tu as des projets un peu à droite à gauche, des choses qui tombent du ciel, voilà des nouveaux projets par-ci, des pièces, des choses, des mouvements, des spectacles. Est-ce que tu réfléchis à deux fois maintenant avant d'accepter certains projets en te disant bah voilà ça, ça va avoir un impact sur mon corps, je peux pas le faire versus avant où tu aurais dit bah oui bien sûr je prends ?

Andréa

Ouais, complètement. Ouais, complètement. Là maintenant j'y réfléchis vachement euh. Encore une fois si c'est de la perf pure, si c'est avec des copains, que ça dépanne des copains ou qu'on va bien se marrer parce que je suis avec des copains euh ouais ça va il y a beaucoup de chance que ça me motive. Mais si c'est pas le cas et que c'est de la perf pure et que le projet m'appelle pas plus que ça, ça va dépendre après... ça dépend de plein de facteurs, ça dépend à quel point on travaille euh à une période donnée, ça dépend à quel point on a besoin de de sous euh voilà c'est... Mais oui, je vais être assez regardant là-dessus, surtout quand ça implique le corps ouais. Ouais. Et ça avait déjà, ça a commencé déjà même avant tout ça je commençais déjà à arriver un peu là-dedans et le fait d'avoir eu un accident tout ça oui ça a ça a mis un coup d'accélérateur à ce genre de pensée ouais.

Mark

On parle beaucoup de mouvements mais euh tu as écrit aussi ? Tu as écrit il y a une pièce que tu as écrite et que tu joues. Comment euh ça c'est un truc que tu avais toujours voulu faire ou c'est venu après ou est-ce que c'est parce que tu es monté sur scène, tu t'es dit "attends là je suis en train de jouer pour les autres, finalement moi aussi j'ai des trucs à dire" euh comment comment c'est arrivé ça ?

Andréa

Ouais. J'ai toujours eu ce truc-là, j'ai toujours eu envie d'avoir mes propres projets, ça c'est sûr. Après écrire, le fait d'écrire, j'ai toujours adoré ça. À chaque fois que j'ai créé, même il y avait des petites vidéos que j'écrivais des fois où il y avait du texte dedans euh. Bah j'ai toujours aimé le processus d'écrire, vraiment c'est un des moments que je préfère. Même quand je fais des petites conneries sur internet tu vois ça passe toujours par un long processus d'écriture. Sur lequel je me prends bien la tête, c'est vraiment là où je suis le plus exigeant je pense, on parlait tout à l'heure d'exigence envers soi c'est ces moments-là, c'est là où je me prends le plus la tête. Euh genre une vidéo juste toute bête comme le délire du PNJ tu vois, les premières enfin les vidéos autour du PNJ en vrai ça paraît con comme ça, ça dure quelques minutes mais en fait c'est des mois de prise de tête d'écriture à réfléchir à chaque punchline, à chaque truc, à chaque rythme et tout ça. Et en fait j'adore ce moment-là, j'adore ce moment d'écrire quelque chose et de que ce soit dans un but de partager une idée ou de réussir à véhiculer des émotions ou du rire ou voilà. Et donc du coup euh le projet d'écrire une pièce de théâtre il est né déjà de cet amour-là, d'aimer faire ça. Euh de ma rencontre avec Joséphine, euh ma copine, on est ensemble depuis quelques années et puis on s'est rencontré dans le cadre du travail. On a toujours su qu'on arrivait bien à travailler ensemble. On a toujours su qu'on voulait faire un truc ensemble un jour. Euh elle est comédienne aussi et euh et à un moment donné l'opportunité est arrivée de créer un spectacle ensemble vraiment. En fait on est passé pendant 2 3 ans, on écrivait des trucs, des ébauches de trucs, en se disant "allez on va créer un truc", mais tant qu'il y avait pas l'impulsion tu vois, bah on n'allait pas au bout. Ou on mettait ça dans un coin tu vois en se disant bah c'est pas le moment, on est accaparé par d'autres projets du coup non. Et puis à un moment donné cette première impulsion est arrivée de dire "ah mais en fait là on peut aller au bout de ce projet et on va pouvoir le jouer dix dates à Paris au Théâtre de la Flèche et puis après derrière on fait Avignon". Et c'est trop bien, il y a des gens qui nous font confiance, le spectacle il est même pas complètement écrit let's go on y va quoi. Et euh et donc du coup on a besoin parfois de ces coups de pouce aussi de ces coups de fouet quoi pour avancer. Et puis pour vraiment allouer du temps à ça quoi. Se dire "maintenant en fait le focus c'est ça".

Mark

Et une deadline aussi, ça aide.

Andréa

Ouais voilà, d'avoir une deadline. Et du coup euh ben là à ce moment-là, au tout début qu'est née l'idée d'écrire une pièce on a réfléchi à un sujet. Moi à ce moment-là je lisais beaucoup sur euh sur l'impact du numérique sur l'environnement, sur notre rapport à ça, aux smartphones et tout. Et euh et du coup euh je me suis dit ah bah ça pourrait être très chouette d'écrire là-dessus, ça peut être un sujet très actuel, de société, dans lequel on peut essayer de faire comprendre des choses mais comme on est tous embarqués dedans, ben on peut vite virer le côté un peu moralisateur tu vois. Et donc du coup euh voilà, l'écriture a démarré très vite là-dessus, on est très complémentaire avec Jo parce que elle elle a plus l'habitude du milieu du théâtre. Donc moi j'avais tendance à écrire des des trucs un peu parfois très pompeux sur euh sur notre rapport à tout ça et du coup elle, elle était là pour me dire "mais attends on peut pas dire ça comme ça, c'est pas possible" du coup elle a rebrossé les trucs à les peigner pour les mettre en scène, dans des personnages et puis écrire des dialogues euh plus simples quoi et rendre ça vraiment jouissif pour le public. Et puis du coup après on a vraiment travaillé ensemble conjointement là-dessus, on a tous les deux nos nos forces qui se complètent et du coup c'est c'est trop chouette. C'est assez limpide. Et euh mais après c'est des bonnes prises de tête euh vis-à-vis de soi quoi, d'écriture de... Même quand le projet commence à naître, tu commences à le confronter à un public, donc tu te rends compte de ce qu'ils ressentent, tu te dis "ah putain mais j'aimerais pas qu'ils ressentent ça comme ça". Du coup tu reviens dessus, tu réécris c'est c'est beaucoup de travail constant. Tu es tout le temps en train de te remettre en question là-dessus. C'est un sujet en plus la pièce de théâtre en question là Ego Sapiens c'est un sujet très actuel donc on est tout le temps en train de devoir le mettre à jour. Là on va refaire le festival d'Avignon donc il s'est passé 1 an depuis Avignon dernier, 1 an une année pendant laquelle il y a eu beaucoup de changements encore du point de vue du numérique, notre rapport à l'IA tout ça, donc on va mettre à jour des choses... Donc voilà, c'est constamment en mouvement.

Mark

Et comment comment tu vis ce truc de... Parce que toi t'écris quelque chose avec un certain point de vue en te disant "bah là ils vont rire, là ils vont être tristes" enfin voilà tu tu peux prédire un peu la réaction émotionnelle je pense quand t'écris. Et comment euh comment tu gères entre ce que t'as prédit ou prévu et la réaction du public qui est pas forcément la même, et l'impact que ça a sur "est-ce qu'il faut qu'on réécrive cette scène ou est-ce que..." comment euh... et sans que ça dénature toi ta vision parce que toi t'as une vision créative aussi qui est propre à toi.

Andréa

Ouais. Tu parles vis-à-vis des réactions générales ou du rire en particulier que tu me parles ?

Mark

Non, de manière générale, la réaction du public par rapport à voilà l'émotion que t'aimerais dégager versus celle qui arrive.

Andréa

Ben encore une fois ça c'est quelque chose où on peut l'anticiper au maximum mais tant que t'as pas joué le spectacle y a toujours un second moment de création quand le spectacle commence à être joué face à un public. Y a des moments que t'anticipais pas que les gens ils allaient rire et d'un coup ils rient. Tu aurais pas imaginé qu'il rirait à ce moment-là et à l'inverse tu as des moments où tu te dis "oh là là ça va les faire marrer" il réagit pas spécialement. Je parle du rire parce que c'est la réaction la plus directe que tu perçois le plus vite. C'est le rapport au rire, après il y a pas que ça. Et puis après il y a les choses où euh après le spectacle les gens peuvent venir nous voir, nous dire "ah ben là j'ai ressenti ça, ah à ce moment-là j'ai ressenti ça waouh c'était fort machin" et on se serait pas imaginé parfois que ça, ça allait ressortir. Et parfois oui, parfois c'est génial quand on s'est dit déjà au moment de la création euh là on sait que ce personnage il faut qu'il évolue dans ce sens-là, il faut qu'il se passe ça à un moment donné pour lui. Et quand on voit que ça, que ça prend et que ça marche et ben et ben c'est super gratifiant, c'est trop bien. Tout comme des fois on va avoir un retour où on se rend compte de ce qui manque. Et du coup c'est ce qui va nous permettre de de nous donner ben qu'est-ce qu'il faut qu'on continue de travailler. Mais c'est vraiment un jonglage en fait, c'est constamment un jonglage entre ce qu'on a envie d'écrire, comment on a envie de le dire et comment ça va être perçu après par le public. C'est encore autre chose. Parce qu'en plus l'énergie du spectacle elle donne autre chose que juste d'être devant sa feuille ou juste d'être en train de répéter dans dans sa chambre ou dans son salon. Ce qui était littéralement le cas, comme on a écrit cette pièce ensemble, qu'on vit ensemble, on répétait des fois dehors ou ici dans le bois ou dans le salon tu vois, on a créé la pièce. Le rire, il y a un truc qui devient presque mécanique dans le rapport au rire. C'est vrai que dans n'importe quel projet quel qu'il soit qui est orienté autour de l'humour, que ce soit les pièces de théâtre ou des petites vidéos sur internet, on sait qu'il y a des ingrédients. Tu sais qu'il y a des ingrédients qui marchent, tu sais qu'il y a un truc de rythme, tu sais qu'il y a un truc de punchline, en fait tout tourne autour de punchline, des fois il y a des idées qui partent d'une punchline. Il y a le nombre de vidéos que j'ai fait qui sont parties d'une phrase. Et que tu trouves la phrase tellement rigolote en soi, et le concept autour de la phrase tellement rigolo que du coup tu vas articuler toute une histoire et un univers qui vont amener à cette punchline, qui va faire que c'est ça qui va marquer un peu les esprits tu vois.

Mark

Y a moins de mouvement physique, acrobatique et cetera maintenant. Enfin un peu quand même mais moins. Et du coup c'est plus quelque chose qui va être euh... Enfin qui peut durer dans le temps parce qu'il est moins dépendant d'un certain niveau athlétique ou euh... Ou que tu pourras jouer même si tu es un petit peu blessé ou tu vois où tu es pas 100 % euh. Est-ce que toi tu le vois comme ça comme en fait ça c'est un truc qui va durer, c'est l'étape d'après ou est-ce que c'est...

Andréa

Oui oui oui. Ouais c'est naturellement l'étape d'après. C'est naturellement en train d'évoluer petit à petit, de plus en plus vers moins d'acrobatique. Le physique reste très présent dans ce que j'aime faire parce que j'aime, même si c'est dans le théâtre, j'aime beaucoup le théâtre physique par exemple, j'aime beaucoup l'expression corporelle pour raconter quelque chose. Le physique restera toujours présent je pense autant que possible. Mais l'acrobatique naturellement, c'est toujours un petit peu, ça s'est jamais effacé, mais ça s'est toujours petit à petit, ça a toujours pris de moins en moins de place quoi. Et même à un moment donné dans la pièce de théâtre là dans Ego Sapiens, les premières versions il y avait quasiment pas d'acrobaties du tout du tout. À un moment donné je finis par me forcer le truc à me dire "non mais ce serait cool quand même de rajouter deux trois petites pépites par endroits tu vois". Puisque je sais les faire ce serait dommage de pas les mettre. Ouais mais sans que ce soit gratuit, tu vois, je voulais pas que ce soit des mouvements gratuits. Mais il y a des mouvements que je cherchais à tout prix, il y a un mouvement en particulier le salto accroupi, je voulais à tout prix le mettre dedans parce que je sais que c'est un truc qui marche, qui me demande pas d'efforts, et que c'est une image qui impacte. Et qui pouvait être propice à être jouée dans quelque chose. Et à un moment donné dès qu'on a pu trouver l'endroit où on pouvait caser ça hop on l'a mis et en fait ça c'est chouette de l'avoir, qu'on l'ait fait parce que ça apporte quelque chose à ce moment-là. De surprenant. Ça fait partie de un spectacle ça se joue beaucoup là-dessus. C'est comment tu vas rythmer les choses et quelles épices tu vas mettre à quel moment. Et euh et qu'est-ce qu'il va y avoir comme phrase forte, comme image forte, c'est on est on voit tellement, on consomme tellement de choses qu'en fait on est marqué par des choses comme ça. On est marqué par une image forte qu'on a vue, on est marqué par une phrase qu'on a entendue qui a fait mouche. C'est quand on veut vraiment avoir de l'impact c'est ce qui compte le plus presque c'est de trouver ces points d'ancrage là.

Mark

Et c'est quoi, c'est quoi ta source d'inspiration maintenant du coup ? C'est... C'est tout ce que tu vois ?

Andréa

Ouais, ça dépend euh. Je lis beaucoup de choses euh complètement diverses et variées. Aussi bien des romans que pas des romans que des trucs psychologiques que... Donc euh ça, j'imagine que d'une manière qu'indirectement ça finit par nourrir des choses sans qu'on s'en rende trop compte. Mais après j'ai des références, j'ai eu des références toute ma vie dans l'humour par exemple dans la manière de de gérer l'humour oui uh, The Mask c'est un de mes films de mon enfance donc euh le côté cartoon j'ai toujours été très porté, même dans le mouvement en fait très appelé par le côté cartoon, j'ai toujours adoré l'extravagance des gestes qu'on voit dans les cartoons ou qu'on voit au cinéma, c'est pour ça que j'ai toujours eu ce côté un peu geek aussi euh. Les jeux vidéo pareil tu vois enfin j'ai toujours trouvé une forme d'inspiration dans les mouvements euh exagérés des médias des fictions comme ça. Et du coup euh ça, ça m'a toujours beaucoup nourri. En fait dans la danse, un mouvement, c'est un mouvement. Enfin faire une pirouette, tourner sur soi-même, bah tu vas y arriver tout de suite. Mais par contre, la faire bien, c'est une vie de travail. C'est vraiment tu vas chercher à travailler au bout du geste et en fait j'ai essayé d'appliquer ça dans l'acrobatie. Parce que dans l'acrobatie, on a tendance à, pas quand on fait de la gym, tu vois, mais quand on fait du tricks ou des choses du free run ou des acros plus libres, on peut très vite délaisser cet aspect-là, de d'aller au bout de son geste, un peu comme on le ferait dans la danse. Et de se contenter de "ça monte ça saute, ça tourne, ça atterrit, y a du flow, ok c'est bon". Et euh et comme j'ai beaucoup baigné dans la vite dans le milieu de la danse on m'a vite tapé sur les doigts en mode "c'est moche, c'est pas beau" et ça a été cette recherche-là d'appliquer ce concept qu'il y a dans la danse d'aller au bout des mouvements, que toujours ton bras il peut aller plus loin, ta tête elle peut s'allonger plus, et tu peux faire ça dans les acrobaties aussi. Et du coup c'est d'aller chercher ce truc-là.

Mark

Mais c'est un peu comme dans la musique en fait, il y a jouer les notes et puis euh jouer la musique quoi. C'est...

Andréa

Voilà c'est ça exactement ouais ouais.

Mark

Ok. C'est enfin c'est intéressant, c'est quoi tu dirais le meilleur conseil qu'on t'ait donné et que tu as pu appliquer dans le milieu de la danse ou de l'acrobatie ou de l'expression, est-ce qu'il y a un truc qui a changé ta manière de voir ça ?

Andréa

Ouais. Il y a un truc qui me marque toujours auquel je pense toujours quand je retourne sur scène et si cette personne voit un jour cette vidéo ça la fera marrer. En fait sur le spectacle de cirque sur lequel j'ai travaillé quelques années, un spectacle qui s'appelait Speakeasy qui est un spectacle qui a énormément tourné avec une équipe géniale, c'était une expérience humaine et artistique incroyable ce spectacle. C'était un spectacle sans paroles mais qui racontait l'histoire d'un film de gangster un peu en mode cirque tu vois dans un bar des années 30 pendant la prohibition quoi. Avec un parrain, une pin-up, le barman, le garde du corps et tout. Tu vois le tableau quoi. Et euh donc très physique, très théâtral. Et on venait tous un peu du du cirque, de l'acrobatie, de la danse et tout mais on était moins porté dans ce côté théâtre physique, tu vois, de réussir à raconter quelque chose sans paroles. Et notre metteur en scène, il s'appelle Régis Truchy, c'est un danseur extraordinaire, un monument de la danse hip-hop en France. C'est un des pionniers de la danse hip-hop tout court en France, littéralement. Qui a vite été appelé dans sa vie à mélanger, à se servir de sa gestuelle de danseur, de danseur hip-hop tu vois, ses isolations tout ça et de l'utiliser au service du clown et du théâtre physique. Et il s'est construit comme ça. Et euh et on a eu la chance que ce soit lui qui nous mette en scène, qui mette en scène Speakeasy. Et euh et du coup il nous a tanné, il nous a tellement rabâché tous les jours, tous les jours qu'il travaillait avec nous il nous rabâchait le pouvoir de l'intention.

Mark

Ok.

Andréa

Il nous... Ouais. C'était vraiment un mot, et même à tel point que à chaque fois, avant chaque spectacle, on se disait on se faisait toujours notre ronde et on se disait toujours "et surtout, l'intention et amusons-nous !" Donc s'amuser, c'est le principal, c'est sûr. Faut s'amuser. Mais l'intention en fait qu'est-ce que ça traduit ? L'intention c'est toujours une émotion après l'autre. Et une action au service d'une intention.

Mark

Pas faire un mouvement pour faire un mouvement, c'est...

Andréa

Exactement. Et en fait dès qu'on cherche à faire quelque chose qui est un mouvement qui soit acrobatique ou non qui raconte quelque chose, bah il faut passer par ce prisme-là. Faut passer par cette couche d'intention qui est que l'intention est là puis arrive l'émotion et le mouvement. Et c'est tout l'enjeu de ce genre de spectacle en particulier où il se passe beaucoup de choses où on on bouge énormément, il se passe vraiment beaucoup de de mouvance et en même temps il faut toujours garder une émotion, garder un des mots sans les mots tu vois. Pouvoir raconter quelque chose sans les raconter directement.

Mark

Ok.

Andréa

Et euh et du coup ouais ça a été un mantra que je continue de me répéter euh maintenant toujours quoi, c'est tout part d'abord de l'émotion. Mais en fait c'est tout bête c'est le travail des comédiens aussi euh dès le départ, tu vois. Il y a c'est juste qu'il y a des choses que moi j'ai découvert sur le tas parce que comme j'ai pas fait d'écoles de rien jamais euh tout a été toujours sur le tas. Donc c'est en rencontrant des gens comme euh comme cette personne tu vois où tu te prends des claques de temps en temps ou des conseils qui vont changer euh qui vont changer en fait ton rapport à ton métier ou à ce que tu fais. Voilà, après dans le training de la vie de tous les jours, quand je fais mes entraînements d'acro pour mon plaisir comme ça c'est je suis pas forcément là-dedans. Mais en tout cas en tant que artiste sur scène ouais c'est le truc le plus important qu'on m'ait forcé à travailler.

Mark

Comment tu gardes le plaisir ? C'est-à-dire est-ce que tu arrives quand même à ne pas te mettre dans une situation où "ah je suis en train de faire un mouvement mais ça me saoule je le fais pour le boulot euh machin" versus "en fait non tu sais quoi j'ai une chance énorme de faire ce que je fais je kiffe tous les jours" ?

Andréa

Bah cette dernière phrase que tu viens de dire c'est ce qui rattrape la première.

Mark

Ouais.

Andréa

C'est-à-dire que ça, il y a forcément des moments où je vais me dire euh "j'ai une chance de faire ça tous les jours, j'ai une chance d'en vivre, de vivre de ma passion c'est génial". Et il y a des moments où il faut que je me force à me le rappeler parce que ça arrive forcément des moments où tu es dans un gros rush, où t'enchaînes X spectacles tous les jours ou plusieurs fois par jour parfois pendant des longues périodes. Ton corps il est fatigué, t'es fatigué, des fois t'as pas envie de faire ce pied-lune à ce moment-là t'as pas envie de de taper ton salto là euh. T'as pas envie. Mais voilà il faut... c'est normal, c'est normal des fois de de ressentir ça. Et puis du coup euh voilà je me redonne de la motivation souvent en me disant que "ben c'est une chance c'est quand même incroyable de pouvoir faire ça". C'est évident que mon rapport à l'acrobatie, mon amour pour l'acrobatie a changé à partir du moment où j'ai commencé à bosser. Et euh parce que avant ça, avant que je commence à à bosser vraiment, que ça devienne mon métier, j'allais m'entraîner tout le temps, je pensais qu'à ça, je pensais qu'aux aux acros que j'allais pouvoir taper et tout ça. Et en fait ça s'est d'abord passé pas par un manque de plaisir mais plus par une gestion plus intelligente de "qu'est-ce que je fais pour pouvoir durer dans ce milieu, pour pas me faire mal parce que je dois bosser avec mon corps". Donc euh déjà il y a ce paramètre-là. Et puis euh, et puis forcément le fait de pas avoir envie de me blesser et le fait de ben d'être sur scène, de faire des sauts et tout, ça me donnait déjà moins envie de base d'aller m'entraîner autant dehors pour le plaisir qu'avant, quoi. Déjà ça, il y a eu une différence. Alors c'est pas du tout quelque chose de dramatique, parce que c'est génial de pouvoir vivre de sa passion. Je suis trop trop heureux de me dire que j'ai commencé à sauter dans mon jardin tout seul et que grâce à ça euh ben je me suis retrouvé à faire tout ça. Juste parce que j'ai commencé tout seul à devenir ob- obsédé par ça tu vois. C'est euh c'est quelque chose pour lequel j'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup de gratitude. Donc euh ouais ça a impacté mon plaisir vis-à-vis de l'acrobatie, mais c'est pas un problème. Pour moi j'ai accepté ça. Je me suis dit c'est normal en fait. Et oui et après donc j'ai eu une période où vraiment je commençais vraiment à perdre le plaisir de m'entraîner. Et euh et là depuis que je prends vraiment l'acrobatie comme quelque chose de euh que je veux que ce soit juste du kiff et du plaisir, je le fais de moins en moins sur scène, je commence à le refaire de plus en plus juste pour le plaisir. Je le fais même plus pour les réseaux sociaux, c'est-à-dire que pendant une période euh pour alimenter euh YouTube, pour alimenter Instagram et tout, il fallait, enfin il fallait... Il faut pas, mais je me disais "ouais, il faut que je fasse du contenu", donc je faisais des vidéos d'acrobatie, les gens ils me suivaient pour ça, d'acrobatie, de danse, donc... Donc en fait je m'engrenais dans un truc là-dedans, où en fait le plaisir il était middle tu vois. Et en fait là je me suis complètement affranchi de ça parce que même sur les réseaux, je me mets à faire des choses qui n'ont plus rien à voir maintenant euh principalement plus axé sur euh les trucs d'humour ou théâtral tu vois, ou du handpan, de la musique. Et du coup l'acrobatie, de moins en moins d'acrobatie, ça redevient en fait le plaisir d'avant de quand j'avais euh entre 11 et et 20 ans quoi, ça revient ce plaisir de je vais juste dehors là et puis je vois un tronc et puis je suis trop content, je monte sur ce tronc et puis je fais un webster et puis je suis content, tu vois. Et ça je l'avais perdu, je suis en train de le retrouver. Mais je suis en train de le retrouver parce que je suis en train de l'effacer petit à petit du "il faut" de tout le reste. Que ce soit les réseaux sociaux, les spectacles, tout ça ouais.

Mark

Et c'est quoi... C'est quoi que tu apprécies autant dans euh dans l'acrobatie que tu retrouves ? C'est les sensations, c'est le fait de faire quelque chose que peu de gens sont capables de faire ou qu'est-ce que...

Andréa

Alors ça c'était quand j'étais... ce qui me stimulait quand j'étais ado pour m'entraîner c'était cette impression de faire quelque chose d'un peu unique. Parce que c'est quand j'étais en 5ème c'était quand tu es au collège, l'image de soi compte, c'est le moment où ça commence à tu commences à à penser au regard des autres, ça commence à avoir du poids pour toi. Et euh au début du collège j'ai grandi plus tard que les autres donc j'étais un peu plus petit, j'étais souvent un peu euh, c'était pas que j'étais pas mauvais en sport mais j'avais pas beaucoup de force tu vois j'étais tout fin. Euh j'étais assez studieux mais dans le collège où j'étais bah c'était pas très bien vu d'être studieux donc au début on m'appelait juste "l'intello" mais jamais par mon nom et j'aimais pas cette image. Donc du coup euh et puis d'un coup quand je me suis mis à faire du hip-hop, des saltos et tout bah ton image elle change tu deviens euh tu deviens quelqu'un qu'on respecte beaucoup plus, tu deviens cool voilà. Et très vite ça s'est transformé juste en le kiff de la sensation, juste... Et du coup c'est pour ça que j'ai jamais eu trop le euh j'ai jamais été trop dans une quête de performance ultime de me dire "il faut que je réussisse à faire ça ça ça ça ça" mais plus de recherche de choses qui sont agréables à faire, en termes de sensations, qui soient pas trop euh hardcore pour le corps, que je sente pas trop d'impact que... J'ai très vite recherché ça. Vraiment juste le plaisir de la sensation. Et le plaisir que ce soit des mouvements que je puisse faire un peu comme ça sur commande. J'avais vraiment cette recherche-là qui forcément en vieillissant c'est de moins en moins le cas tu vois. Mais pendant très longtemps c'était un peu cet aspect-là que je recherchais.

Mark

Le thème de ces rencontres c'est Vive La Vie. Vive la vie c'est une une expression qui nous est chère. C'est euh c'est cette sensation de "en fait j'ai quelle chance j'ai de faire ce truc là" ou euh tu vois... Est-ce qu'il y a un moment dans dans ta carrière, un instant Vive La Vie, c'est-à-dire un moment où tu as pris un tu sais un peu de recul et tu t'es dit "mais waouh... c'est ouf ce que ce que je fais là, ce que je vis".

Andréa

Il y a eu ben les moments d'adrénaline sur scène où on a beaucoup parlé d'Incroyable talent, les JO tout ça c'est forcément des moments où on ressent ce genre de choses. Des moments où tu à un moment donné tu fais un pas de recul et tu te fais "waouh p* je suis en train de faire ça en fait". Et là les JO c'est récent mais ça faisait longtemps que j'avais pas ressenti ça à ce point-là. Mais après je trouve que c'est une question qui peut toucher tellement d'aspects de la vie à des endroits différents euh... Euh j'ai pu le ressentir en amour je suis tellement heureux aujourd'hui en amour que je me dis bah c'est une chance extraordinaire. Et en plus de pouvoir créer avec la personne avec qui on partage sa vie, de créer une pièce de théâtre que c'est son spectacle à soi, et puis de jouer au festival d'Avignon, on a eu France TV qui est venu capter le spectacle, le spectacle est sur MyCanal enfin c'est il y a c'est des choses géniales, je me dis c'est incroyable de pouvoir vivre ça. C'est important de se reposer la question souvent et d'en prendre conscience parce que c'est des choses où j'ai l'impression que ça s'efface vite. C'est ce genre de satisfaction et y a toujours ce moment où tu fais genre "waouh p* c'est génial" puis en fait la vie arrive et puis tu es sur autre chose tu as d'autres problèmes tu as d'autres soucis tu y penses plus... Et en fait oui, c'est vrai que tu as raison de poser cette question parce qu'il faut il faut prendre plus souvent je pense ce pas de recul. Parce que là je cite des choses qui sont extraordinaires mais en fait il y a des choses beaucoup plus simples qui nous rendent méga heureux et où tu fais "putain mais en fait c'est ça la vie". Cet été, après Avignon, l'été dernier, on est parti dans les Alpes et on faisait des randonnées dans les Alpes et juste d'être dans la montagne, en plus quand tu viens de faire tout un festival et tout et là tu décroches tout, il y a tout qui tombe, il y a tout qui lâche, ça y est tu peux te décontracter, tu peux juste chiller dans la montagne et voir des paysages de ouf et là c'est des moments où quand j'y repense, c'est parmi les moments qui me rendent le plus heureux, que je trouve les plus chaleureux. Mais c'est tout bête, c'est juste être dans la montagne dans un moment où il y a aucun "il faut". Je crois que c'est les moments comme ça, c'est les moments comme ça où je me sens le plus "vive la vie". C'est quand je suis dans un endroit comme ça qui respire, où j'en prends plein la gueule, l'horizon qui me met une grosse claque et tout. Et que en plus dans ta tête, c'est pareil tu vois tu es tu sais y a aucun "il faut". Pour moi c'est ça les moments les plus précieux je pense.

Mark

Je crois qu'on a à peu près terminé. Andréa merci ! C'était un plaisir. Trop bien.

Andréa

Merci à toi. Le plaisir est grandement partagé. Et merci à toi.

Merci d'avoir écouté cet épisode de Vive la vie.