AlethC'est une très bonne question parce que ça s'est vraiment fait de manière très organique et absolument pas préméditée. Mais à la suite de cette année, euh, de cette année, de cette année de de de de de vie, de vie intense, bah l'irré... enfin pardon écrire et jouer du piano à Venise, c'est pas ça qui te fait gagner ta vie. Et puis à la fin, bon financièrement il y avait quand même des petits enjeux qui qui qui se posaient. Et puis tout simplement bah tu peux pas éternellement être dans une forme de frénésie de de de de de faire, enfin où est-ce que, où est-ce que tu vas. Euh et donc après cette année, bah je suis rentrée à Marseille et là je me suis dit : "Mais qu'est-ce que tu vas faire de ta vie ?" Parce que bien sûr après avoir vécu cette année, il y avait une incapacité totale d'envisager de retourner dans un bureau. Enfin, après avoir touché du doigt ce que c'est que cette liberté-là, tu tu peux pas revenir et te te contraindre à des horaires de bureau, enfin et puis même j'y suis allée tellement profondément, que ce soit dans la musique ou dans dans dans l'écriture, c'est-à-dire ça a habité mes journées. Tu tu peux pas revenir à quelque chose de de, j'allais dire en deux dimensions. Quand tu as touché une forme de troisième dimension. Bon, mais ceci étant dit c'est pas comme si j'allais publier mon roman le demain, la veille, et puis c'est pas comme si ça allait devenir un best-seller. Donc il fallait bien se confronter à bah à une forme de réalité aussi. Euh, donc là j'ai fait pas mal de missions à droite à gauche, enfin j'ai fait des trucs assez assez assez drôles, j'ai fait de la curation de bibliothèque, euh j'ai euh aidé à la conception d'une d'une d'une résidence artistique sur une île en Bretagne, enfin bon. Donc, voilà c'était c'était assez diversifié. Puis quand même je me souviens un jour où je rentre à Marseille, et puis j'avais loué mon appartement et puis je m'étais trompée dans les dates. Donc en fait j'avais nulle part où dormir, il était tard, une de mes amies me dit "bah écoute, j'ai la clé de mon bureau qui est cachée sous cette pierre euh, si tu veux va dormir là-bas". Et c'était un bureau en sous-sol, il faisait froid, je décroche des rideaux pour en faire une couverture, enfin vraiment j'étais là : "Mais ma ma ma pauvre fille, mais t'as t'as t'as tout as tout as tout raté dans ta vie quoi." Et puis euh et puis je commence à faire une sorte de de de grande marche dans Marseille et puis je reviens et puis après je fais un je je me dis : "mais en fait qu'est-ce que font les écrivains pour gagner leur vie ? C'est pas c'est pas possible." Et donc je commence à faire un fichier Excel, mais vraiment en prenant tous les écrivains en France possible pour regarder voilà ce qu'ils font. Alors bien sûr ce qui arrive en pôle position, c'est prof. Alors tout d'un coup je me suis dit bah voilà, je vais repasser l'agreg parce que bien sûr c'était l'agreg ou ou rien. Puis tout d'un coup je me dis "oui non mais enfin me remettre au latin, au vieux français, au grec, bon c'est peut-être un peu ambitieux". Après il y avait journaliste, et puis après à un moment, je tombe sur cette autrice qui s'appelle Anne Berest, qui a écrit La Carte Postale, et qui raconte qu'elle a commencé en étant biographe. Et là il y a vraiment voilà, cette chose dont on parlait qui qui, une espèce de de de de de chose étonnante dans le ventre, où tu te dis "tiens tu as une espèce d'intérêt, de curiosité". Et puis tout d'un coup, je me dis mais biographe ça veut dire que tu passes ta vie à écouter euh les gens te raconter leur histoire. Ce qui je pense est l'une des choses que je préfère au monde. Et en plus, ça parle d'écriture et ça parle de livre, ça parle de la matérialité vraiment du du livre. Donc je me dis tiens, pourquoi pas. Et puis je sais que je me fais passer pour une fausse cliente pour vraiment la boîte qui a qui a la seule entreprise, enfin qui a qui qui fait ça de manière un peu un peu un peu développée pour essayer de me renseigner justement sur euh bah combien ça coûte, quelle est la méthodologie, euh et autres. Et puis je me dis tiens euh, oui c'est plutôt intéressant. Et puis surtout je me souviens que... enfin je me souviens, je je je sais que depuis des années, il y a quelque chose que je veux faire euh de manière très très très profonde, c'est de de recueillir toutes les histoires que ma grand-mère me racontait. Parce que j'ai un lien très très fort à ma grand-mère qui avait 93 ans à l'époque et donc tout d'un coup je me dis bon bah, de toute façon j'ai du temps euh, je vais pas décider du jour au lendemain de ce que de ce que je vais faire ou de comment je vais m'orienter, l'été arrivait. Bah pourquoi ne pas tester et de faire une première biographie et puis après on verra. Et donc c'est comme ça que donc j'ai demandé à ma grand-mère d'être mon cobaye. Et euh, de lui expliquer mon projet. Et l'été qui a suivi, pendant 3 semaines, tous les deux jours, j'allais la voir à 11h, elle était vraiment sur son, déjà prête sur son sur son sur son fauteuil, et et je l'interrogeais. Enfin un peu ce qu'on, comme on est en train de de faire parce que c'est vraiment basé sur des discussions, je l'interrogeais sur sur sa vie, et sur ses parents, sur ses grands-parents, sur ce qu'elle avait aimé, sur ce qu'elle avait fait, sur euh bah les moments qui ont été plus difficiles, sur la manière dont elle se sentait aujourd'hui. Et donc on a je pense passé 17h ensemble et à partir de ça, j'ai écrit donc ce premier euh manuscrit, et en parallèle, j'ai commencé vraiment à à me dire : "tiens mais moi ce qui est important, c'est et le texte", c'est-à-dire que on on on sente que il y a une sorte de texte qui soit écrit d'un seul souffle et que ça soit pas seulement des espèces de blocs thématiques. Mais ce qui m'importait aussi, c'était c'était l'objet livre. C'était que le livre lui-même soit beau, soit travaillé. Euh et donc pour ça il a fallu trouver aussi le directeur artistique ou le graphiste avec lequel je voulais travailler, donc qui s'appelle Odilon Coutarel et qui est toujours maintenant euh qui fait partie de Chronologies. Euh et de me rendre compte que j'avais adoré ce que ce que ce que ce que je faisais, tout simplement. Et donc c'est comme ça, ça a été vraiment la, donc j'ai mis 2 ans et demi à faire ce premier livre. Je me souviens que certains me disaient : "non mais c'est pas possible, mais mais mais mais t'as t'as qu'à t'as qu'à le finir, fais-le, comme ça au moins ça sera fait, ça sera ça te fera un espèce d'objet de communication et puis tu pourras avancer plus vite." Et j'avais vraiment cette certitude que non, j'allais prendre le temps qu'il fallait pour euh faire exactement euh voilà, pour concevoir vraiment l'objet tel que je, tel que je l'imaginais.