Jeff Corsi, une chorégraphie sur le bitume
Saison 1 • Épisode 726 août 2026

Jeff Corsi, une chorégraphie sur le bitume

Une conversation avec Jeff Corsi

Jeff Corsi

Un seul mot, liberté. Et ça vaut beaucoup.

Tout commence par une planche de skate offerte par son grand-père, dans les années 90. Puis une grande board aux grosses roues, trouvée dans un skateshop, dont il ne comprend pas encore l'usage : ce qu'il en retient à dix ans, c'est qu'elle va plus vite. Les étés se passent en Vendée, où il surfe. Le jour où il comprend que le longboard peut tenir quelque part entre le surf et le skate, quelque chose se déclenche.

Le vrai basculement arrive un soir, devant une vidéo californienne de deux types qui croisent les pas sur des planches d'un mètre cinquante. Avec ses potes de Seine-et-Marne, il découvre qu'une page blanche vient de s'ouvrir. À 21 ans, ils montent leur marque, shapent leurs propres boards et partent deux mois sur les routes d'Europe pour les vendre. La marque s'essouffle deux ans plus tard, au moment précis où une vidéo postée au hasard tourne sur un média de sports extrêmes et où une marque américaine le contacte. Suivent les colis de boards, les parts filmées, les compétitions, les podiums.

Dix ans plus tard, il roule pour Loaded, la marque même dont la vidéo l'avait foudroyé. Il a un travail à temps plein, cinq sessions par semaine, trois séances de renforcement, un tableau de stats et un championnat du monde derrière lui. Il a aussi rencontré sa femme sur les quais de Seine, un dimanche, parce qu'il a fait demi-tour trente secondes après être parti. Dans cet épisode de Vive la vie, Jeff raconte comment une discipline de niche est devenue un métier de vivre : la flamme intacte, la discipline construite contre l'enfant dissipé qu'il était, et cette conviction têtue que tenter compte plus que réussir.

Ce qu'on aborde

  • La première planche du grand-père, et la grande board dont il ignore le nom
  • Le skate comme école de la douleur : tomber, se relever, réessayer
  • La découverte de la vidéo californienne qui ouvre une discipline entière
  • ARA Longboard : créer sa marque à 21 ans, presser ses propres planches
  • Le buzz inattendu qui le fait repérer par une marque américaine
  • Garder la flamme intacte en devenant athlète
  • Concilier un travail à temps plein, cinq sessions par semaine et le haut niveau
  • La compétition comme honnêteté pure, et comme école de la vie
  • DockSession, les quais de Seine, et la rencontre qui a tout changé
Réalisé parMark Hadj Hamou·Photographe & Réalisateur

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Transcription

Jeff

C'est du mouvement, c'est de la glisse, c'est une chorégraphie. Dans le temps et l'espace, qui permet une certaine esthétique et qui bien souvent comme moi je le trouve est intéressante à regarder.

Mark

Qu'est-ce que tu ressens quand tu glisses comme ça ?

Jeff

Un seul mot hein, liberté. Et ça vaut beaucoup. Franchement ça vaut beaucoup. C'est une sensation que j'ai eu dans d'autres sports avec le surf évidemment. Bah qui n'ont pas de prix en fait. Tout simplement. Qui n'ont pas de prix.

Jeff

Le tout tout début, c'est mon grand-père qui m'a offert donc une planche de skate dans les années 90. C'est pas du longboard, c'est du skate classique. Et à la suite de ça, j'ai trouvé dans un skateshop une grande planche avec des grosses roues. Et je me suis demandé ce que c'était. Je devais avoir euh je devais avoir une dizaine d'années et ma mère m'avait acheté cette planche. Et en fait c'était juste pour rouler, tu vois, même je savais pas ce que c'était. Je comprenais pas, même l'idée de... je savais pas ce que ça pouvait me permettre. En tout cas ce que je savais c'est que je pouvais aller plus vite parce que les roues étaient plus grosses et l'idée de vitesse à la base me paraissait cool. Et au final bah cette planche ensuite je l'ai rangée, je l'ai mise de côté. J'ai fait du skate pendant plusieurs années.

Mark

Du skate classique ?

Jeff

Du skate classique ouais. Du skate classique. En fait ce qui est drôle c'est que au même moment, euh mes grands-parents habitaient sur la côte ouest, euh en Vendée. Et euh et en fait je surfais souvent. Je surfais. Et euh quand j'ai compris que la longboard pouvait apporter quelque chose un peu entre le surf et le skate, c'est là où vraiment il y a eu le déclic et euh où je me suis dit vas-y c'est...

Mark

En fait c'était le côté planche tout de suite, c'était le longboard, le skate, le surf. Toi t'as été mordu par par ce truc-là tout de suite.

Jeff

Complètement. Euh effectivement moi j'ai j'ai vu dans la glisse une forme de liberté. Enfin je l'ai conscientisé plus tard. Il faut surfer pour le ressentir. Ce truc là d'avoir une vague qui t'accompagne, c'est quelque chose d'unique et qui est indescriptible tu vois si tu le vis pas. Euh et ensuite dans le skate, dans le skate il y a quelque chose de de très spécial je pense qu'on retrouve aussi dans le longboard. Le skate c'est dur. C'est pas quelque chose de facile. C'est un sport qui est très difficile. Euh faut se faire mal. Faut tomber, faut se relever, faut réessayer, faut se refaire mal. Une fois qu'on a accompli ça et qu'on arrive à à à avoir un move, un tricks, euh il y a un sentiment de satisfaction que je ne retrouve pas dans d'autres sports tu vois. Euh parce qu'il faut vraiment se donner. Faut se donner physiquement, moralement et euh il faut aussi se blesser quoi. Donc en fait c'est vraiment tu tu tu impliques ton corps dans la démarche quoi.

Mark

Ouais parce qu'en fait la conséquence du skate ou du longboard quand tu tombes tu es sur du béton. Alors oui, tu as tu peux avoir un casque, des genouillères, des machins, mais bon tu es quand même la plupart du temps, j'imagine, sur des surfaces dures. Donc en fait les conséquences sont immédiates, on va dire, sur euh si si tu rates quelque chose quoi.

Jeff

Complètement. Complètement. Le surf ça peut, tu peux te faire très mal aussi hein. Mais c'est vrai que le rapport avec le bitume il est, il est différent. Et il est vrai que dans le skate il y a quelque chose, alors moi il y a deux choses et c'est pour ça que j'ai bifurqué à la longboard. Euh il y a l'aspect éphémère du skate, c'est-à-dire que dans un parc ou même en street, tu as un mouvement à l'instant T qui va durer quelques secondes et ensuite grosso modo c'est terminé. Dans le longboard ce qui est intéressant, enfin ce que je trouve intéressant c'est le fait que tu as une chorégraphie qui peut durer euh sur un prolongement. Euh et qui est plus longue dans le temps, qui peut même d'ailleurs être infinie finalement si tu trouves les bons moyens de de connexion entre euh ta danse et entre tes éléments de freestyle. Et ça je trouvais ça super intéressant cette espèce de fluidité. Bah qu'on retrouve un peu dans le surf finalement tu vois. Donc euh donc voilà.

Mark

Ouais, là où... enfin en tout cas l'image que j'en ai, c'est là où le skate est peut-être plus concentré sur figures ou peut-être quelques enchaînements. J'ai l'impression que le longboard tu as une vraie notion de chorégraphie et en fait un enchaînement très très très long qui est qui est entremêlé d'éléments c'est vrai que j'aurais jamais employé le terme danse. Tu vois, mais c'est c'est marrant que tu tu dises ça.

Jeff

Ouais, alors c'est... Ben en fait, nous ce qu'on fait, c'est on appelle ça du, enfin ce que je fais, et ce qu'on fait avec plein de plein d'amis euh même à Paris et tout, j'aurai l'occasion d'en reparler, mais on a une grosse association qui s'appelle la DockSession sur les quais de Seine. Euh ce qu'on fait, c'est euh effectivement du dancing. Donc on on appelle ça du longboard dancing freestyle parce que finalement il y a aussi des mouvements de freestyle. Mais la base cest quand même le fait de faire des pas, des mouvements dansants sur une planche avec des rotations, des pas croisés, ce qu'on va appeler des pirouettes. Euh tout cela entremêlé avec des mouvements aériens qu'on va attraper avec les mains, mais aussi des mouvements aériens qu'on va faire juste avec les pieds comme au skate. Et tout ça on essaie d'imbriquer ça et grosso modo le plus important dans notre discipline hors ou a minima pour moi, c'est euh que ce soit fluide en fait. Tu vois qu'il y a une fluidité de mouvement, que ça soit visuellement intéressant. Et donc c'est pour ça qu'on va grapiller euh plein de choses, euh plein d'inspirations dans plein de disciplines. Ça peut être le patinage artistique, ça peut être le BMX flat, ça peut être évidemment le skateboard, ça peut être le hip hop. Tu vois, j'ai des potes qui sont danseurs et qui font des moves de danse vraiment sur leur board quoi.

Mark

Entre, on va dire, l'image que que peut avoir quelqu'un qui fait pas forcément de skate ou de longboard, entre le fait de juste glisser sur une route et aller d'un point A à un point B. Comment tu es passé de là à ce que tu décris maintenant où il y a vraiment une complexité, c'est aller chercher dans d'autres disciplines, il y a une part de danse, il y a une part de mouvement. Comment comment ça s'est créé ça petit à petit euh ?

Jeff

Alors. C'est drôle parce qu'en fait, nous on a eu un déclic. Donc à la base, moi je roulais euh en Seine-et-Marne avec des potes, on était un petit crew de longboardeurs à faire des descentes euh dans un petit bled. Et on était euh attiré par la vitesse pure. Euh et un jour on est tombés en soirée sur une vidéo californienne de mecs, donc d'une marque qui s'appelle Loaded Boards. On en reviendra parce qu'aujourd'hui j'ai la chance de pouvoir euh et l'honneur de pouvoir rouler pour cette marque-là. Mais euh sur une sur une vidéo de deux mecs qui étaient sur des planches de euh 1m50 et qui en fait amenaient des moves euh qu'on pourrait trouver dans le longboard surf. Donc des moves de de croisement de pas. Euh c'était pour aujourd'hui ça paraîtrait très basique, mais pour nous à l'époque c'était vraiment en mode putain mais c'est possible de faire ça sur une sur une planche là, nous on a déjà vu ça sur du surf, mais là de faire ça sur le bitume. Donc ça voudrait dire que nous dans nos descentes ou a minima sur du plat on peut faire ça. Et en fait on était euh on était fous de ça. Et puis même pareillement à l'époque, il y avait un film qui était sorti, bon un petit peu auparavant, mais quand même qui nous a beaucoup marqués qui s'appelle Lords of Dogtown. Qui est connecté à cette histoire de Californie que je t'ai viens de te raconter. Où en fait grosso modo c'est un récap de l'avènement du skate en Californie. Et nous bah on était des adolescents et tu vois avec ce truc de un peu de de de de mecs rebelles à à à faire les descentes de de de la ville, à aller dormir et camper euh dehors en bord de Seine, faire des feux de camp, tu vois, vivre un peu euh à l'arrache, on va dire. Et tout ça mixé, ça nous a apporté une une identité de groupe qui était forte. Et pour en revenir à ta question, à la suite d'avoir vu ces vidéos-là, on s'est dit bah il y a peut-être quelque chose de supplémentaire là-dedans, où là, on a l'impression qu'il y a des mecs qui font un truc nouveau, on sait pas ce que c'est, on sait pas où ça va. Et je serais à 1000 miles à l'époque de me dire ben en fait aujourd'hui euh, tu vois, ça m'a apporté tellement de choses avec le recul. Euh mais ouais, c'est ces vidéos-là de la vidéo elle s'appelle The Dancer, de Loaded Boards, elle est toujours elle existe toujours hein, sur YouTube.

Mark

Donc là tu as un tu as un tu as un déclic, tu vois quelque chose que tu avais jamais vu euh auparavant pour pour ta pratique. Et tu te dis attends c'est incroyable. Et tu et est-ce que tu as une sensation de je découvre qu'il y a un univers en plus que je connaissais pas que je vais pouvoir explorer ou comment tu comment tu le vis ça ?

Jeff

Ouais c'est marrant. Euh je le vis un peu comme une évidence. En fait je le vis comme euh là j'ai trouvé la voie que je cherchais sans même le savoir. Mais là j'ai trouvé un mix entre skate, surf et ce que j'essayais de trouver avec la longboard avec la descente, la vitesse, tu vois. Et en fait ça me paraît évident. Euh je trouve ça hyper intéressant, je trouve ça euh artistique évidemment, mais je trouve ça aussi euh novateur parce qu'il y a tout à créer. En fait, tu vois il y a rien, c'est une feuille blanche. Donc il y a des gens qui pratiquent et qui font des trucs mais on est très peu. Euh fort heureusement on a la chance, enfin j'ai eu la chance d'avoir des mentors sur Paris qui étaient déjà là-dedans. Mais il y en avait très peu à l'époque. Euh et et voilà et ça part quoi, tu vois.

Mark

Et euh est-ce que tu savais que tu cherchais quelque chose ou est-ce que c'est une fois que tu l'as trouvé que tu te dis ok c'est évident c'est ça que je voulais faire ?

Jeff

Non, non. Je savais pas. Je je pense que c'est, ça a été euh non, il y avait pas cette volonté de de me dire euh je vais faire je vais rouler ma bosse dans une discipline ou un truc tu vois, il y avait juste cette volonté de vouloir kiffer au début. Et c'est après au fur et à mesure que j'ai vu que j'ai commencé à accrocher, je me suis dit ok il y a un truc, c'est possible. Puis de fil en aiguille les vidéos, puis de fil en aiguille les compétitions, les sponsors, etc. tu vois. Mais euh non euh après euh c'est vrai que plus jeune voir tu vois des films comme Lords of Dogtown avec les fameuses histoires de team, bah chose que qu'on avait déjà essayé de reproduire avec nos potes, tu vois, dans dans le village. C'était un une sorte de fantasme, tu vois, genre en mode wow, c'est avoir un crew comme ça, avoir euh l'idée potentielle d'un sponsor, ça me paraissait quelque chose même d'inatteignable, en fait c'était quelque chose de d'un peu de rêvé. Euh et voilà, en fait enfin c'est c'est une passion qui au fur et à mesure s'est développée et en mettant du temps, de la patience et euh et du kiff. Ben en fait, et puis la détermination aussi. Euh mais avec tout ce ce combo là là de bah c'est les choses se font quoi ça ça marche généralement.

Jeff

On a créé une marque quand j'ai eu... moi j'avais 21 ans j'étais d'ailleurs j'étais le doyen de de la team, il y avait même un mec qui avait 18 ans. Et on a créé une marque qui s'appelait Ahra Longboard donc connecté à Longboard, où on a shapé nos boards, on a on a fait le design et tout. Et on a fait un road trip au travers de l'Europe pour promouvoir la planche pendant deux mois. Euh à vivre un peu comme des comme des troubadours, à l'arrache et tout enfin bah c'était c'était une expérience de vie parce que tu vois ça m'a quand même énormément marqué. Et ça, ça a été le vrai truc en mode OK, là on passe dans une autre sphère. Je crée avec mes potes, on crée avec mes amis notre marque. Euh il faut s'entraîner pour prouver que nos produits aussi sont de bonne qualité etc. Euh et là pour moi ça a passé du loisir à quelque chose vraiment de concret à se dire ok, on passe la seconde et on et on amène vers autre chose euh la longboard.

Mark

Mais parce que l'ambition, ce que tu tu tu savais que tu voulais en vivre, tu avais cette passion, tu t'es dit j'ai envie de faire ça à 200% donc pour le faire encore plus, il faut que je puisse en vivre et donc il faut que je trouve un moyen de le monétiser ? C'était ça dans ton esprit ou est-ce que c'était juste en fait, tu vivais longboard et que travailler là-dedans c'était un peu une évidence ?

Jeff

C'était un peu des deux parce qu'à l'époque j'étais en fac. Donc moi j'étais pas sûr de là où je voulais aller. Euh mais ça ça me paraissait en fait quand j'ai vu mes potes qui étaient aussi intéressés que moi sur un domaine euh qui ben moi me passionnait plus plus, je me suis dit il faut foncer. Euh on verra plus tard si ça rapporte du fric. Avec du recul, je me dis qu'on a qu'on a osé quoi. On a osé faire ce truc-là, on a pas eu peur de mettre un un peu d'argent en plus sur la table, bon même si c'était à l'époque que quelques milliers d'euros mais tu vois pour l'époque c'était énorme pour nous.

Mark

Et puis quand tu es jeune aussi enfin.

Jeff

Ouais ouais bien sûr. Après on était plusieurs sur le coup. Mais quand même, tu vois il y a ce ce truc de se dire vas-y tu fonces, pour moi c'était une évidence, en fait la question se posait même pas. Il fallait le faire, on était un crew, on était là pour ça.

Mark

Et l'inspiration venait d'où, ou du moins l'idée venait d'où de lancer ta marque ? Le schéma classique américain où il y a des skateurs qui lancent leurs marques, c'était un peu... vous suiviez un peu ce truc-là ou c'était venu...

Jeff

Ouais ouais, ben je pense, je pense que oui euh les effectivement les les inspirations californiennes nous ont beaucoup poussés. Et puis ce qui est marrant, c'est que dans notre équipe, on avait des gens qui faisaient un peu de tout. C'est-à-dire que moi j'étais plutôt dans sur le secteur design donc ce qui va être graphisme, forme de planche, vu que je pratiquais à l'époque, ben je savais exactement ce que je voulais. Même si bon, tout a changé depuis et la planche le shape de l'époque pour aujourd'hui serait pas terrible. Mais ça c'est une autre histoire. Euh on avait un pote qui était ingénieur. Il y avait un autre pote qui était qui travaillait dans le bois. Donc en fait, c'est parfait pour savoir les les plis comment tu les fais avec quel type de de de de colle tu peux assembler tout ça, la fibre de verre et cetera. Euh et puis on avait un autre pote qui travaillait dans de la vidéo, de la photo donc parfait pour l'aspect marketing. Tu vois, et en fait c'est un peu comme si toutes les étoiles étaient alignées et en fait, il y avait plus qu'à. Tu vois. Donc euh...

Mark

Mais c'est marrant parce que d'un côté je trouve ça enfin j'adore le concept que chacun ramène un peu sa compétence, on met tout ensemble, on voit ce qui se passe. Mais il faut quand même, j'imagine, enfin, c'est quand même un esprit, c'est c'est quand même une démarche entre dire entre dire en fait, je fais du longboard, je kiffe, je m'éclate, c'est trop bien, et se dire bah tu sais quoi, vas-y on va monter quelque chose, on va prendre tous nos savoir-faire, on va essayer de de de de créer quelque chose, enfin c'est quand même une démarche tu vois. C'est pas tu peux être passionné par quelque chose sans pour autant te dire bah tu sais quoi je passe à l'étape au-dessus euh...

Jeff

On a créé donc une association avec mon pote pour pouvoir en fait supporter le projet au début. Euh qui s'appelle Étienne et euh lui il était ingénieur de formation enfin en tout cas il était dans des études d'ingé début d'étude d'ingé on va plutôt dire ça comme ça. On a la chance que son père en fait travaillait sur le Dakar, il avait des presses. Donc nous on avait juste besoin de ramener enfin grosso modo. Savoir un peu confectionner comment savoir un peu comment confectionner les planches. Ramener la matière première et puis ensuite tout ce qui est de l'ordre de de la presse et de la découpe on avait à disposition des choses tu vois. Donc on a on a essayé de bidouiller tant bien que mal et on a réussi à tu vois à trouver à trouver quelque chose pour finir avec une petite édition de quand même plusieurs dizaines de boards qu'on a vendues à travers la France. Bon après voilà ça reste un petit projet qui s'est essoufflé malheureusement parce que mes potes en fait ils sont partis vivre dans le sud. Et au final bah moi je suis resté ici donc de fil en aiguille les choses ont fait que le projet il a pas il a marché pendant grosso modo 2 ans. Mais moi ce qui est sûr, c'est que ça m'a donné en fait ça m'a ça a donné plus qu'une étincelle en fait ça a carrément démarré le feu de la passion pour la longboard pour moi. Et à partir de ce moment-là, c'était c'est parti.

Mark

Ok, est-ce que ça a planté une graine de en fait il y a moyen de faire des choses, plus que de juste profiter et euh ok. Ah ouais donc c'était ok, deuxième déclic de il y a moyen d'en vivre, il y a moyen de construire des projets euh...

Jeff

Bah je ouais je pense que le premier déclic comme je te le dis c'est plus de la... c'est un truc où ça me paraît un peu plus une évidence, tu vois en fait ça ça me paraît vraiment très stylé il faut que j'essaie. Mais le déclic de la création de la marque à partir de ce moment-là, je me suis dit il faut que je fasse absolument quelque chose avec cette discipline et euh c'était quoi qu'il arrive, je vais trouver un moyen d'en vivre.

Mark

Ok, c'était quoi qu'il arrive, je vais trouver un moyen d'en vivre, c'était ça le mindset ?

Jeff

Il y avait un peu ce truc-là. Ou a minima quoi qu'il arrive, il faut que je fasse quelque chose avec ça en fait. De de quelle manière je je sais pas mais mais euh faire des projets, faire des choses, faire tu vois.

Mark

Ok. Et donc ça s'essouffle, tu as quoi, tu as 23 ans à ce moment-là ?

Jeff

Alors j'ai 21 au niveau de la création de la marque. Et effectivement quand la marque se se enfin quand on se sépare avec les les Ahra Boy, on va dire les appeler comme ça quoi. Euh j'ai 23 ans.

Jeff

J'ai 23 ans et à ce moment-là, moi je pars en échange universitaire au Pays-Bas. Et c'est là en fait où je suis repéré via une vidéo qui buzze sur un ancien média qui s'appelait Extrem Sport, et donc je suis rediffusé sur Extreme Sport. Euh sur une vidéo que j'ai postée enfin un truc random, tu vois. Ça fait un buzz. Et là en fait, je suis contacté par une marque américaine. Et c'est là en fait où pareil tu vois, je te disais les étoiles sont alignées.

Jeff

C'est en fait c'est marrant parce que là aussi je me dis mais les étoiles sont alignées, je notre marque elle s'essouffle, mes potes sont partis dans le sud, je suis un peu démuni et triste de voir que en fait le projet moi le projet de mes rêves y on rame. Et là à ce genre à quelques mois de de délai, il y a une marque américaine qui me contacte et ah ouais c'est c'est incroyable.

Mark

C'était écrit.

Jeff

Ben ouais, enfin c'est et c'est là que tu te dis des fois dans la vie tu as des trucs où ça se fait mais... en fait les chemins sont alignés et il y a juste à il y a juste à à à prendre la chose et mais je sais pas en fait, je j'arrive au au bon moment avec cette marque qui s'appelle Moonshine. Euh qui est une marque de l'Oregon donc c'est un état au nord de la Californie. Euh et puis là ben en fait je peux que accepter quoi, ils me disent on aimerait te tester.

Jeff

à un essai à l'époque c'est genre on t'envoie grosso modo euh quelques boards. On voit si tu peux faire du contenu et si tu peux faire de la compète et cetera et cetera. Euh et en fonction du résultat on avise. Et alors euh moi à l'époque, je vois ça, je je cherche même pas à comprendre en fait, je suis en mode...

Mark

Pourtant c'est Noël hein, tu vas recevoir des planches tout de suite euh

Jeff

Ben ouais en fait c'est c'est tu tu cherches même pas à à réfléchir quoi c'est c'est le truc c'est une évidence c'est oui, comment, qu'est-ce que je dois faire, enfin tu vois c'est c'est c'est c'est l'acceptation est instantanée quoi.

Mark

Incroyable. Et donc euh donc il t'envoie des planches ou toi tu reçois des planches gratuites.

Jeff

Ouais, je reçois des boards et euh et là c'est mon premier pas un peu dans le grand bain vis-à-vis de de marque internationale. Et notamment avec un gars qui bossait pour cette marque là à l'époque qui s'appelle Brandon DesJarlais. Et puis de de fil en aiguille ensuite il viendra à Paris, on va faire des parts, des vidéos de longboard pour la marque, euh moi je vais commencer à faire de la compétition, il va commencer à y avoir des prix, des podiums et cetera. Et donc là ben c'est parti quoi c'est ça devient ça devient sérieux quoi.

Mark

Et quand... Et donc quand tu...

Mark

Est-ce que... est-ce que tu savais un peu ce que tu faisais ou parce que... j'imagine que tu reçois un mail, on veut te voilà, on veut faire un essai avec toi, on va t'envoyer du matos, toi tu devais être comme un fou. Est-ce que euh est-ce que quand tu reçois les les les boards tu tu sais ce que tu vas faire, tu sais un peu où tu t'embarques ou est-ce que c'est un peu bon ben là là je navigue à vue euh je vais faire du contenu, je vais me donner à 200% et on verra où ça mène, c'est comment comment ça se passe à ce moment-là ?

Jeff

Alors ouais, à partir de ce moment-là, je mets le spectre longboard comme quelque chose de très important dans ma vie. Et là je développe euh évidemment au fil de au fil des mois hein, mais une certaine éthique, une certaine éthique de de sport, de de de bah de de travail sur le fait de voilà, je je vais m'entraîner sérieusement, je vais faire de la compétition sérieusement, euh je vais essayer de me renseigner aussi vis-à-vis de choses que j'entends, je vais essayer d'être curieux aux autres sports, tu vois, plus qu'avant en tout cas pour essayer de prendre de l'inspiration. Euh essayer de découvrir des choses, créer des choses aussi. Créer des nouveaux mouvements. Euh parce qu'à l'époque, il y a encore pas mal de choses à enfin c'est toujours le cas, il y a toujours des choses à créer. Mais euh mais à cette époque-là, c'est quand même plus plus grand encore, tu vois. Euh tu vois, on pouvait facilement se faire des moi je me faisais beaucoup de sessions training où j'étais en mode OK aujourd'hui il faut que j'essaie de trouver un un nouveau move tu vois. Euh comment si je mets le corps dans tel angle avec euh la planche qui tourne comme ça à 360 et que le carve donc le le le virage avec le l'inertie de la planche, est-ce que ça tient ? Euh est-ce que en équilibre si je suis de telle manière avec une jambe sortie et que juste je tiens la planche avec ma main mais qu'il y a qu'une seule planche sur la main, est-ce que la planche elle tu vois en Donc voilà, toutes ces questions là qui que je me pose et je me fais vraiment un processus de d'apprentissage euh un peu euh euh fait main euh et voilà quoi.

Mark

Ouais donc en fait tu te tu te professionnalises et...

Mark

Est-ce que dans ta tête c'était OK, je suis passé de je fais du longboard, je kiffe à maintenant il faut que je devienne un athlète, c'était un peu ça le...

Jeff

C'est un peu ça ouais. Ouais, c'est un peu ça. C'est un peu ça et le gros avantage moi que j'ai eu c'est que comparativement à d'autres personnes, des amis même que je connais, c'est que la flamme de la passion du longboard, j'ai de la chance parce qu'elle a toujours brûlé pour moi. Euh quand je dis brûlé c'est dans un sens évidemment positif hein c'est euh c'est quelque chose où je j'aime profondément cette discipline. Euh même le fait de de rouler euh sur l'asphalte, ça me procure une certaine un certain bonheur et une certaine liberté que je ne trouve euh nulle part ailleurs en fait tu vois. Et comme je je disais aussi tout à l'heure, ça vaut euh pour moi tout l'or du monde parce que c'est la l'accès à à quelque chose qui dépasse euh tu vois de l'argent ou euh ou euh là c'est vraiment un un bonheur intérieur euh d'être euh je sais pas tu vois en symbiose avec sa planche, de de de vouloir faire les mouvements qu'on souhaite avec l'espace qui nous entoure. Tu vois, une espèce de de de cohésion de de de mouvements ça me procure ouais un un bonheur bah quotidien, donc ça c'est c'est une chance.

Mark

En fait je trouve ça trop beau parce que, c'est la question que je voulais te poser, tu as à moitié répondu déjà, c'est quand tu passes de la passion à en fait maintenant c'est pro, c'est athlète, c'est carré, c'est discipline, il y a une part de cette flamme qui disparaît pour pas mal de gens et j'ai l'impression que toi c'est pas du tout le cas. C'est que tu as réussi à garder ça même en te professionnalisant et en te disant bah voilà maintenant c'est un taf, j'ai des j'ai des obligations entre guillemets, il faut que je rende des résultats, faut que je faut que je me dépasse, et toi tu as gardé cette flamme, donc c'est c'est une chance.

Jeff

C'est vrai. Mais je ça je pense que c'est difficilement contrôlable. Euh c'est-à-dire que j'ai de la chance d'avoir ça, tu vois, c'est une forme de chance en fait. Euh après je suis convaincu que le travail amène un résultat et que ça fait euh je sais pas un pourcentage, qu'est-ce qu'on pourrait dire 70, 80 % de la réussite et voilà. Mais le fait de toujours avoir cette flamme ben c'est c'est une forme de chance parce que c'est vrai que quand j'en discute avec certaines personnes, ils l'ont moins et moi tu vois j'ai j'ai toujours le kiff de me dire vas-y, je pars en entraînement euh j'y vais à fond. Euh tu vois là je pars en compétition en Suède euh je suis toujours dans cette optique de me dire voilà, j'ai des j'ai des j'ai des sessions d'entraînement en ce moment où je répète mes gammes, je me chronomètre, j'ai un tableau avec mes mes mes stats et je sais que chez certaines personnes ça pourrait être extrêmement rébarbatif, alors je dis pas que c'est tout le temps le kiff surtout quand je fais des des journées euh enfin des des répètes mauvaises plus mauvaises parce que c'est des choses qui arrivent. Mais dans la majorité du du du temps et des cas, euh je kiffe quoi. Je kiffe parce que euh parce que c'est aussi une discipline, parce que c'est aussi euh parce que je sais qu'en travaillant il y aura euh ça va porter ses fruits en fait.

Jeff

Et pour en revenir aussi à une de tes questions tout à l'heure... quand j'ai vu la vidéo là de de mecs qui dansaient en 2010 sur sa longboard, j'ai vu quelque chose d'intéressant et je me suis dit j'ai une vocation qui me paraît évidente. Mais quand il y a eu l'histoire du sponsoring avec la marque, c'est à partir de ce moment-là que moi j'ai j'ai un peu eu cette réflexion de de long terme, c'est-à-dire que tu mets en place des choses, tu tu tu tu mets des cartes sur la table pour un résultat dans non pas demain, non pas dans une semaine, mais dans plusieurs années. Et j'ai vraiment ce ce mindset là de euh si les résultats n'arrivent pas là, ils arriveront forcément un jour si tu t'en donnes les moyens. Euh ça me paraît assez évident. Tout comme euh euh si tu fais des des actes autour de toi qui soient positifs ou négatifs, justement, euh au bout d'un moment l'appareil va t'être redonné. Euh et donc c'est pour ça que euh être dans un aspect de de de il me semble après bon ça fait un peu parole de bisounours mais euh être dans un aspect de de positivité et euh et de kiff et de d'ouverture ben en fait ça ça rayonne autour de toi et ça ça ça t'amènera forcément quelque chose de solaire à un moment donné. Euh donc voilà.

Mark

Non, moi je reste convaincu que la positivité c'est contagieux et la positivité attire la positivité, moi je suis je suis 100% d'accord avec toi.

Mark

Mais euh c'est marrant parce que on sent que tu as quand même une sacrée discipline...

Jeff

Ouais, ben que j'ai créé ouais.

Mark

Ouais mais ça tu l'as toujours eu ou c'est euh c'est venu euh en te disant bah il faut que je me professionnalise, pour me professionnaliser, pour devenir un athlète, pour devenir pro, il faut que j'aie cette discipline et que je sois plus carré, c'est comme ça que c'est venu ou comment euh ?

Jeff

En fait c'est venu parce que scolairement parlant quand j'étais plus jeune, j'étais je vais pas dire un cancre mais j'aimais bien... enfin bref, je préférais faire rire que d'avoir des résultats, tu vois ça c'était un peu mon mon mojo de de l'école. Donc j'ai eu un parcours un peu sinueux jusqu'au lycée où au lycée là je me suis dit vraiment si tu fais tu continues à faire le con, tu risques d'emprunter une voie qui va pas forcément te correspondre. Donc là je me suis ressaisi. Donc pour la réponse c'est non. J'ai quand j'étais plus jeune, j'avais pas cette discipline et justement cette discipline, elle s'est formée euh en réponse à cette jeunesse qui n'était justement pas disciplinée. Euh et j'y ai trouvé dans cette discipline en fait euh bah beaucoup de choses en fait, beaucoup de choses et aussi une forme d'honnêteté vis-à-vis de moi-même. Vis-à-vis des autres, il me semble. Et donc euh de fil en aiguille euh grâce à ça, j'ai j'ai eu la chance de rencontrer des gens aussi incroyables et puis de de rouler ma bosse sur sur la longboard et...

Mark

Comment tu conjugues les deux ? Parce que tu as quand même un taf à temps plein. Comment tu conjugues ça euh...

Jeff

J'ai un appart maintenant, quand on est en... enfin pas en rénovation j'allais dire mais bon on travaille beaucoup dessus avec ma femme donc...

Mark

Ouais... Il y a 24 heures dans une journée, comment tu... comment tu arrives à t'organiser ? Parce qu'en plus tu travailles pas dans le longboard.

Jeff

Non. Dans la créativité. Donc y'a quand même un peu de liaison dans le sens où la longboard on va réfléchir créatif. Et pour moi, je suis convaincu que le temps d'investissement passé sur quelque chose, il peut y avoir deux types de temps. C'est-à-dire il peut y avoir un temps passé mais sans trop être là qui finalement est pas très riche. Et un temps passé qui peut être moindre mais qui peut être pleinement focus. Et ça, c'est vraiment dans le sport où je l'ai compris. Quand j'ai vu que je faisais des trainings où vraiment ça servait à rien, je me suis dit ouais mais attends là tu passes des sessions de 4h, au final tu aurais pu faire ce que tu fais en 1h. Tu vois en termes bref. Je me c'est là que je me dis que le temps et l'investissement que tu fais sur certaines tâches ben tu peux en faire moins mais mieux potentiellement. Après le taf bah le taf c'est là, je suis en taf à temps plein, donc je suis là sur mes heures et tout. Euh après voilà, le soir ou alors le matin, je fais en sorte d'avoir ma session de longboard généralement euh au moins 5 fois ça ça dépend, tu vois, mais au moins 5 fois par semaine. Euh et ensuite trois séances que j'essaie de jongler avec le taf parce que je l'ai fait le midi de euh muscu de renfo musculaire. Donc c'est pas pour être une machine, mais c'est plus pour être solide, pour pouvoir quand je tombe, pas me me déglinguer trop fort. Euh mais voilà, après c'est tu vois c'est un en fait c'est une routine, c'est une routine à prendre plutôt que d'être euh sur euh les écrans le soir quand je rentre ben en fait je fais ma session, quand je rentre ben voilà, il y a tout est plus carré quoi on va dire.

Jeff

Et voilà, et c'est vrai que l'aspect de compétiteur, euh moi j'aime beaucoup la compétition parce que la compétition c'est quelque chose qui ne ment pas en fait. C'est-à-dire que tu arrives à un instant T tu as grosso modo un essai, soit tu réussis, soit tu foires et tu dégages. Et en fait ce truc-là, je trouve que c'est intéressant parce que dans le monde dans lequel on vit et notamment aussi avec les réseaux. Alors je suis je suis aussi sur les réseaux, je fais aussi du contenu donc c'est un peu ambigu, il faut... Mais moi, en fait je me retrouve dans la compétition parce que c'est un c'est un endroit où je trouve que c'est d'une honnêteté pure. Tu vois. Et ça, je je je trouve que c'est fort. Euh et c'est là-dedans que je me reconnais le plus.

Mark

Comment t'abordes ce truc là ? Et comment... et de ce que j'ai compris, plus les années ont passé, plus tu as commencé à apprécier le côté compétition, comment comment ça s'est fait ça ?

Jeff

Bah déjà, il faut savoir que nous nos compétitions, pour recontextualiser un peu, c'est grosso modo un peu comme le patinage artistique, c'est on a une surface, souvent très longue, assez large, sur laquelle on va pouvoir s'exprimer entre 1 minute et 2 minutes selon les compétitions, les endroits et cetera. Après il y a plusieurs phases de passage et cetera. Sur euh on aura une notation donc sur euh du flow, sur de la difficulté, sur euh la vitesse d'exécution, sur de la technicité, et sur euh "consistency", donc en gros c'est euh les erreurs. Mais pourquoi j'ai ai apprécié et que je continue à apprécier ce ça, je trouve qu'en compétition, il y a un peu ce truc de euh déjà c'est des moments d'adrénaline forts dans lesquels euh en fait c'est un peu aussi une école de vie, c'est-à-dire que tu te prépares pour ça, tu arrives le jour J, euh tu sais que tu as euh à chaque fois un essai pour passer à l'étape supérieure, et un peu de ce truc de bah tu es seul avec toi-même, euh et je trouve ça hyper intéressant. C'est un peu comme une, je trouve c'est un peu comme une école de de de de la vie, tu vois, sur ce que tu peux présenter, ce que tu peux montrer aux autres et même à toi-même. Parce que tu vois, au fur et à mesure des années, je trouve que moi je l'aborde de plus en plus comme ça en mode euh à me dire je suis content de moi, si j'ai réussi à faire ça, et c'est ça qui prévaut sur le reste aussi. Euh et non pas seulement river sur le fait de euh du regard des autres et se dire ça tu vois. Euh essayer de se préparer sur le fait de euh vouloir fournir quelque chose de euh à la fois technique mais aussi esthétique et visuellement intéressant comme une une scénographie, tu vois, comme une prestation. Euh et ça je trouvais ça assez intéressant parce que c'est des c'est des moments très courts, des moments intenses, euh qui en fait te permettent aussi de de d'évoluer en tant que tel, je trouve. Tu vois. En fait, moi je le vois un peu comme une école de la vie. Tu vois c'est c'est curieux de te dire ça, je pense qu'il y en a c'est pas beaucoup qui voient la compète comme ça mais.

Mark

Non mais c'est bah en fait j'imagine que c'est tu passes tellement de temps à te préparer pour un truc que ça te permet aussi de de... enfin ça te donne une raison supplémentaire pour te dépasser et euh aller chercher encore plus loin de devenir meilleur et de progresser.

Jeff

Exactement. Exactement. Ouais ouais bien sûr. Il y a aussi ce cet aspect-là évidemment. Et la compète est un vecteur euh de l'évolution et de la progression, c'est-à-dire que ne serait-ce qu'en termes de constance c'est le un des vecteurs principaux qui te permet de d'être plus constant parce que tu vas répéter, tu vas répéter, tu vas répéter et tu vas être carré le jour J, tu vois. Euh donc ça effectivement c'est hyper intéressant. Après évidemment l'adrénaline du jour J, c'est quelque chose aussi que j'ai appris à kiffer au fur et à mesure des années. Et il est vrai que quand tu performes, tu ressens une sensation que je trouve nulle part ailleurs. Tu vois. Donc il y a aussi ce truc un peu grisant de euh la performance pure en sport, sous le cadre d'une compétition, euh ça te débloque un truc, de l'ordre du kif, tu vois, euh qui est grisant et en fait une fois que tu es piqué de ce truc là, je tu vois c'est un peu une drogue naturelle quoi, tu vois, finalement. Euh donc ça je trouve ça intéressant aussi. Euh mais tu vois voilà c'est un ensemble, et alors y a un dernier point que je trouve intéressant en compétition, c'est le fait qu'on se réunit tous avec euh bah des internationaux en fait. Donc c'est un hub de euh de toutes les cultures, de tous les pays. Euh tu vois là je pars en Suède, je sais qu'il y a des nord-américains qui viennent. Je crois qu'il y a des asiatiques. Euh il y aura pas mal de gens d'Europe. Ça va être trop bien, tu vois. Parce qu'on va aussi partager, on va.

Mark

Parce que la communauté elle est là-dedans, elle est vraiment dans le partage ou est-ce que tu sens que dans la compétition il y a un truc euh...

Jeff

Non, on est plus dans le partage qu'autre chose. Après c'est vrai que le jour J bah c'est vrai que moi quand je viens et que le jour J je suis focus sur le truc tu vois. Euh je mentirais de dire que je suis en mode dilettante et que on j'ai pas d'ambition tu vois. Je non, j'ai de l'ambition et...

Mark

Même il y a pas une, t'es pas en mode je suis là pour écraser les autres, il y a pas de ok.

Jeff

Non. Non, non, non. Et surtout moi moi j'ai ce ce ce crédo de me dire et c'est là que je trouve que c'est cool la compète, c'est que dans le sport généralement, c'est fair, c'est-à-dire que si tu performes, ça se voit, et ta place tu la mérites ou tu la mérites pas, mais sauf dans quelques cas, généralement quand même, les choses sont honnêtes, tu vois. Euh c'est faire, tu mérites ta place, tu es tu es là, donc donc il y a pas de ce truc de euh enfin en tout cas moi j'ai jamais été comme ça à me dire ouais non lui il mérite pas euh il a pas eu ce truc-là. S'il est arrivé premier, deuxième ou troisième c'est, enfin c'est fair, les juges ont décidé ça, c'est comme ça, c'est tu vois c'est on est dans le cas d'une compétition, c'est sérieux, c'est pas euh. Et ça euh ouais je trouve que c'est aussi euh une forme d'honnêteté vis-à-vis de soi-même et vis-à-vis des autres. Euh et tu vois, tout ça, combiné, bah je crois que c'est pour ça que j'aime vraiment la la la compète.

Mark

Ok, et ça a donné quoi en termes de résultat euh ?

Jeff

Alors en termes de résultats euh ça alors ça dépend euh là dernièrement j'étais sur le championnat du monde. Dans l'ensemble ça s'est bien passé pour moi. Donc c'était en avril dernier, c'est assez récent. Euh après en finale euh voilà comme je te disais, le niveau il était, en terme de technicité pure, c'était plus élevé que ce que je fais moi. Donc j'ai terminé 6ème. J'ai fait quand même je suis allé quand même jusqu'en phase des finales. Euh et je suis ok avec moi parce que j'estime que ce que j'ai fait c'était mon niveau euh pas le meilleur niveau de ce que je peux faire mais on était dans un niveau moyen plus. Donc en fait, en partant de là, je peux pas m'en vouloir parce que j'ai donné à peu près ce que je sais faire à mon niveau. Euh évidemment que j'aurais aspiré à enfin j'aurais aimé avoir plus que ça. Euh surtout que je suis le le doyen je pense de la compète enfin j'ai 34 ans aujourd'hui. D'ailleurs c'est pas quelque chose que je vais continuer à ad vitam æternam non plus, enfin je ne pense pas. On verra ce que ça donne mais donc oui oui oui, je suis content, je suis content que je puisse toujours, tu vois, me défendre après euh 10 ans de compétition et euh et euh après avoir eu des prix un peu partout euh en Europe et euh et à l'international tu vois. Mais c'est vrai qu'avec l'âge les les les je redéfinis un peu certaines choses et euh...

Mark

Tu aspires aussi à peut-être à la longévité parce que enfin on sait que surtout avec des sports on va dire extrêmes ou des sports où tu ou du moins quand tu vas dans l'excellence où le le où tu vas pousser le niveau en termes de sport, tu sais qu'il y a un moment ton corps suivra moins ou tu...

Jeff

Oui, bah bien sûr. Bah non mais je le vois aussi tu vois aujourd'hui j'ai j'ai et c'est peut-être aussi pour ça tu vois que j'ai un rythme de vie et une une rigueur au quotidien que je suis obligé d'avoir au vu des entraînements que je me mets. Parce que si euh si j'ai pas la rigueur d'aller à la salle de sport pour éviter d'avoir des points dans le dos, euh et que je fais pas les étirements tous les matins, tu vois pour éviter pareil de euh des problèmes articulaires bah je vais pas pouvoir continuer, tu vois. Euh alors je m'estime heureux parce que j'ai le sentiment que je suis en pleine capacité et que j'ai presque jamais été autant en pleine capacité qu'aujourd'hui. Euh donc là-dessus je m'estime heureux. Mais euh je vois aussi que j'ai je suis quand même 10 piges de de plus que les gens qui tu vois qui font les podiums euh sur le championnat du monde. Euh ça se sent, c'est sûr que ça se sent tu vois.

Mark

Est-ce que tu penses que eux euh entre guillemets il y a est-ce qu'ils sont plus à même de prendre des risques parce que les conséquences sont peut-être moins graves entre guillemets à 24 ans qu'à 34 ou est-ce que...

Jeff

Je pense qu'il y a plus d'inconscience, ce qui est très bien. Euh je pense qu'il y a plus de fraîcheur aussi euh de fraîcheur dans les dans les moves et dans l'idée de créer, dans l'idée de faire des trucs vraiment extrêmement techniques. Euh parce que bah moi ça fait plus de 10 ans que je roule à haut niveau euh au bout d'un moment tu vois j'essaie d'être à la recherche de ça, mais je vais pas me voiler la face, je sais qu'au bout d'un moment tu as une fraîcheur de de pouvoir créer des nouvelles choses qui s'estompe un peu, tu vois. Euh parce que au bout d'un moment bah tu as tu as aussi le le le bagage qui fait que euh tu vois tu as tu as plus cette ce ce ce dynamisme enfin tu as moins ce dynamisme de vouloir sans cesse prouver. Moi aujourd'hui, c'est plus de se prouver à moi-même qu'aux autres, tu vois. Alors que quand j'ai démarré, je pense que c'était plus prouvé aux autres qu'à moi-même. À force des années, il y a vraiment ce truc là de d'être dans une recherche de de moi vouloir être bon pour moi parce que j'ai des objectifs qui sont connectés à ça. Fraîcheur des des des des nouvelles personnes, euh c'est sûr que c'est difficile tu vois à à à remettre le les couverts enfin une année encore, une année encore au bout d'un moment tu as des automatismes qui font que bah moi à la rigueur le seul truc dans lequel euh c'est cool d'être plus vieux, c'est le fait que j'ai de l'expérience, je connais mon corps, je sais comment ça marche euh et une fois de plus, je pense peut-être avoir je sais pas, peut-être que j'ai moins de pression, je je sais pas ça dépend des gens, ouais ça dépend des gens.

Mark

J'ai l'impression d'avoir vu plusieurs versions de toi. C'est-à-dire que tu m'as raconté on va dire le le l'enfant à l'école qui qui était un peu on va dire guignol qui voulait faire rire les gens, le côté le côté un peu cancre, je bosse pas et tout machin. Et on va dire l'image que qu'on a peut-être un peu populaire du skateur comme étant les mecs un peu cool euh tu vois décontracte voilà.

Jeff

Très cher ouais. Carrément bien sûr.

Mark

Mais à côté de ça tu...

Jeff

Mais je suis pas de cet ordre-là en vrai. Je me définirais pas comme ça aujourd'hui. Euh parce que je côtoie aussi des skateurs qui sont très what again, je m'en bats les reins...

Mark

Non mais ça qui ça qui m'intéresse, c'est que toi tu as l'impression que tu as tu es tellement carré, discipliné, motivé, pro athlète dans le côté voilà je je fais de la muscu pour devenir meilleur, je cadre mes heures, j'organise ma vie, enfin tu vois c'est c'est un peu tu vas un peu à l'encontre de l'image un peu générique skateur...

Jeff

Peut-être, après euh tu vois il y a 5 ans je me serais dit ouais c'est vrai que je suis en décalage, aujourd'hui euh je je c'est je suis totalement à l'aise avec ça. Euh et d'ailleurs je pense qu'on a beaucoup à à s'inspirer de d'athlètes plus professionnels dans leur discipline parce que je pense que l'univers de la du longboard ben on a encore vu qu'on est un sport niche, il y a encore pas mal de choses qui sont pas assez professionnalisées, comme dans tous les sports niches, j'ai envie de te dire. Euh et j'aimerais beaucoup que ça devienne plus plus professionnalisé mais pour ça, il faut c'est de l'argent. Il faut aussi euh des sponsors qui soient plus gros, plus solides, euh des gros projets. Donc ce qu'on essaie de faire hein, à à notre échelle, mais euh.

Mark

Est-ce qu'il y a une part de toi qui veut rendre un peu à la communauté qui t'a beaucoup apporté aussi euh...

Jeff

Ouais. Alors ouais ouais ouais. Ouais complètement. Bah ça ça se passe déjà avec une association parisienne qui s'appelle la DockSession. Euh pour laquelle je je enfin aujourd'hui, je suis le représentant, représentant de cette association à Paris. En gros, une fois par semaine, on se réunit sur les quais de Seine, en face du musée d'Orsay, tous les dimanches, de euh grosso modo 15h à 19h.

Mark

J'adore.

Jeff

Euh donc voilà, c'est très ouvert, c'est gratuit tu n'importe qui peut venir si tu as envie de venir tu viens euh je veux dire ça c'est un petit message pour les gens qui nous écoutent s'ils ont envie de venir un dimanche aprèm, évidemment s'il fait beau, s'il fait pas beau on sera pas là. Parce que quand il neige bah quand il neige. Quand il pleut et quand il neige, euh il y a pas de il y a pas de session. Euh mais euh mais voilà, le but c'est d'être le plus inclusif possible. Euh on adore voir des nouvelles personnes qui débutent et tout. Et euh on donne des petits conseils tu vois. Des petits conseils gratuits euh voilà enfin en mode moi je fais souvent des petits cours tu vois, un peu à la carte du style tu as envie d'apprendre un nouveau pas, ben je prends une demi-heure, une heure de mon temps, on fait tu s'il y en a plusieurs qui veulent apprendre des choses, on fait des petits cours de groupe. Et puis voilà et on a une asso de euh d'une centaine de membres qui se réunissent euh chaque euh chaque semaine. Et il y en a là-dedans qui sont plus compétiteurs aussi et qui eux se réunissent presque tous les jours de la semaine, tous les soirs, euh dès qu'il fait beau tu veux tu tu tu peux voir juste à côté du musée d'Orsay, rive gauche, tu peux voir très souvent des raiders sur les quais de Seine à côté d'une de d'un vendeur de de...

Mark

C'est au vendeur de.

Jeff

De Focaccia qui s'appelle Mozza & Co. Ça c'est vraiment l'adresse exacte. C'est au vendeur ouais c'est vraiment le le pin's sur Google Maps tu vois. Euh mais voilà et on a une super communauté, on se déplace aussi sur des événements et sur des compétitions. Euh donc voilà, c'est génial en fait, c'est génial parce que c'est une petite commune, c'est une famille en fait tu vois. Et pour la petite anecdote où j'ai rencontré ma femme moi là-bas il y a il y a 10 ans. Ça va faire 10 ans là en novembre.

Mark

Elle faisait du longboard aussi ou ?

Jeff

Elle elle apprenait le longboard ouais. Elle se mettait à la longboard ouais. Et c'est vrai que c'est drôle parce que tu vois, ça aussi c'est un truc où ben c'est le longboard qui a embrayé sur une histoire de vie tu vois, qui dépasse pour moi, bien plus que la la simple discipline.

Mark

Ouais ça t'a apporté passion, travail, amour euh...

Jeff

Ouais, c'est ça ouais. En fait, tout quoi. C'est non mais c'est enfin je trouve ça trop beau tu vois ça ça...

Mark

Tu sais jamais.

Jeff

Ouais tu sais jamais, tu sais jamais où ça où ça va. Et d'ailleurs c'est drôle et ça je je veux bien le partager parce que c'est quand même quelque chose de drôle. Moi je suis assez convaincu que tu vois il faut comme je te disais tout à l'heure, il faut essayer un maximum évidemment si tu en as pas envie du tout, c'est pas la peine mais d'être dans une ouverture et dans une acceptation. Je sais pas si tu as la référence du film Yes Man.

Mark

Bien sûr.

Jeff

Mais c'est un truc moi ça m'avait pas mal matrixé quand je l'avais vu quand j'étais plus jeune. Alors je dis pas que c'est un excellent film, mais en tout cas cette approche alors elle est tirée à l'extrême hein euh avec le gars, mais ça m'a pas mal pas mal marqué ce truc de dire oui aux choses, et tu vas voir parce que ça va t'apporter des trucs derrière, tu vois. Et pour l'anecdote de ma femme, le truc c'est que je l'ai vu, en fait, je partais des quais de Seine, donc je rentrais chez moi, elle, elle vient d'arriver, et là en fait, je je la je la vois du coin de l'œil, je me dis je sais que c'est une nouvelle personne, je l'ai jamais vue. Euh mais là je rentre chez moi donc en fait bah voilà, je suis focus sur le truc et puis en repartant je roule peut-être 30 secondes et au bout de 30 secondes je me dis "mais vas-y elle est nouvelle, c'est c'est con tu vois". Donc je fais demi-tour. Non mais je te jure, c'est en en vrai c'est lunaire parce que tu as l'impression que le truc il est euh c'est une histoire de film tu vois. Et euh et au final bah je lui parle, je lui explique deux trois trucs. En plus elle devait partir à Bordeaux la semaine d'après donc je la mets en contact avec des gens de Bordeaux que je connais. Et en fait de fil en aiguille, les choses se passent comme ça. Euh mais c'est un truc, alors peut-être que je l'aurais rencontrée plus tard, euh peut-être que les choses se seraient faites aussi, mais à l'instant T, euh quand je rentrais chez moi, je me suis quand même dit, bon, ce serait peut-être pas mal que tu fasses demi-tour au moins pour lui dire bonjour, lui expliquer un peu le le principe de l'asso et euh et voilà, tu vois, introduction de l'asso et ensuite je repars. Et voilà, et ça en a fini là, ça fait 10 ans qu'on est ensemble, on fête nos 10 ans cette année, euh, bref c'est lunaire, on s'est mariés il y a 2 ans, euh. Ouais, j'arrive des fois, j'arrive pas trop à y croire quand je te dis ça, je me dis mais c'est c'est un peu lunaire.

Mark

C'est pour nous ça.

Jeff

C'est pour moi. Et donc on se planque sur une espèce de euh en fait il y avait l'hélipad et juste à côté tu avais une espèce de petit toit qui protégeait une clim enfin un truc bizarre. On se planque tous là, on est genre quatre, en attendant que l'hélico y passe et puis en fait on on on s'est dit il y a une chance sur deux pour qu'il se pose là en fait. Il peut se poser là et genre donc moi je commençais à me faire des films en mode euh, le mec qui tournait il commençait à être paniqué et tout. Et je commençais à me dire non mais je vais pas finir en garde à vue quand même, et puis en plus après j'étais censé demander ma ma future femme en fiançailles. C'est pas le moment, tu vois. Euh donc c'est drôle, ça c'est une anecdote drôle. Mais tu vois, dans ces moments-là, en tout cas juste avant... qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça euh en mode je suis en train de tourner entre Venice, entre euh le downtown de Los Angeles, entre euh Pacific Palisades, au-dessus, Malibu on a fait des scènes à Malibu, enfin et c'est vrai que ça je me dis j'ai j'ai vraiment de la chance tu vois, j'ai vraiment de la chance. J'ai su saisir des choses euh mais il y a quand même une petite part de de de chance et je suis reconnaissant tu vois. Je suis vraiment reconnaissant envers euh ce genre de moments euh intenses et euh et fou tu vois. Euh et donc dans ces moments-là, j'ai le j'ai le feeling de me dire je vis dans je vis dans les rêves les plus fous que je m'étais imaginé quand j'étais jeune, euh quand j'étais euh euh avec mes potes, à faire nos soirées, à regarder The Lords of Dogtown euh à me dire ouais les californiens ils ont inventé ça dans les années euh 60, 70. Et là ben je me retrouve à Los Angeles tu vois dans les mêmes endroits euh de Dogtown c'est à 3 miles au-dessus enfin bref.

Mark

Tu vois un peu le genre, c'est un peu fou. Ben carrément.

Jeff

Mais tu vois, dans ces moments-là, en tout cas juste avant... qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça euh en mode je suis en train de tourner entre Venice, entre euh le downtown de Los Angeles, entre euh Pacific Palisades, au-dessus, Malibu on a fait des scènes à Malibu, enfin. Et c'est vrai que ça je me dis j'ai j'ai vraiment de la chance tu vois, j'ai vraiment de la chance. J'ai su saisir des choses euh mais il y a quand même une petite part de de de chance et je suis reconnaissant tu vois. Je suis vraiment reconnaissant envers euh ce genre de moments euh intenses et euh et fou tu vois. Euh et donc dans ces moments-là, j'ai le j'ai le feeling de me dire je vis dans je vis dans les rêves les plus fous que je m'étais imaginé quand j'étais jeune, euh quand j'étais euh euh avec mes potes, à faire nos soirées, à regarder The Lords of Dogtown euh à me dire ouais les californiens ils ont inventé ça dans les années euh 60, 70. Et là ben je me retrouve à Los Angeles tu vois dans les mêmes endroits euh de Dogtown c'est à 3 miles au-dessus enfin bref.

Mark

Ça devait être magique pour toi de vivre un peu le le on va dire le mode de vie que tu as vu dans ces films là, en fait et euh. Parce que à l'époque voir ces films ça te paraissait accessible ce mode de vie là ou est-ce que ouais.

Jeff

Non, non. Impossible. Non non, c'était des c'était des je sais même pas comment on pourrait dire des des idéaux, tu vois, c'est des idéaux qui sont pas accessibles après on on essaie de ressembler à, tu vois. Donc on on prend les mêmes codes vestimentaires, on adopte les mêmes styles musicaux, euh on adopte un peu la hype, mais euh c'est à notre échelle dans notre village, tu vois. Et c'est comme quoi c'est vrai que avec du temps, encore une fois, donc de la patience, avec de la détermination et avec de la passion, en fait c'est finalement c'est ces trois ces trois leviers d'activation euh on peut on peut arriver à à à nos rêves en fait enfin tu vois. Euh et ça c'est vrai que c'est c'est pas c'est pas du fake quoi, c'est c'est c'est du vrai.

Mark

Ce qui est fascinant avec toi c'est c'est que tu as l'impression que tu as pris énormément de de de recul et euh enfin ne serait-ce que parler de de de reconnaissance, de gratitude, enfin il faut quand même une certaine maturité je pense pour pour euh...

Jeff

J'ai la trentaine. J'ai plus que la trentaine.

Mark

Mais non mais oui mais tu vois il y a plein de, je connais énormément de gens qui sont pas du tout là-dedans tu vois et pour qui la notion de reconnaissance, de gratitude c'est même pas un sujet. Et non mais c'est pour ça moi je trouve ça je trouve ça vachement beau et que tu aies cette prise de recul de te dire bah en fait euh j'ai de la chance, je me suis donné les moyens, euh mais sans jamais te enfin j'ai l'impression, hein, à t'écouter, sans jamais dire bah non, c'était un dû euh je me suis battu pour donc je l'ai point...

Jeff

Bah c'est c'est sympa de le voir comme ça. Euh je pense que c'est important d'avoir aussi une certaine humilité envers la vie, tu vois. En fait je pars du principe que rien n'est acquis ad vitam æternam. Je pense qu'il faut aussi se se se battre et se donner pour avoir les choses et rien n'est figé. Donc tu vois c'est pareil, c'est pas parce que j'ai ça aujourd'hui que je l'aurai demain. Euh tout est en tout est en mouvement, tout est en évolution. Euh c'est peut-être pour ça que je te dis ça. Euh et pour moi c'est important de de ouais, de remercier euh vis-à-vis de moi-même ou vis-à-vis des autres euh parce que parce qu'on est dans un ensemble, tu vois. Et que si j'ai eu ça bah oui certes c'est grâce à moi mais c'est aussi grâce aux autres, tu vois, en fait c'est c'est une conjoncture de de de personnes autour qui ont fait que. Voilà.

Mark

C'est quoi le meilleur conseil qu'on t'ait donné ?

Jeff

Wah... Alors, il y a plusieurs choses. Euh la première chose que je dirais, c'est le fait de tenter les choses et que le fait de tenter, c'est limite plus important que s'il y a succès ou échec. Parce qu'au moins tu es en mouvement. Ouais, de de de tenter les choses, d'être dans le mouvement, de pas de pas être figé, de de tendre la main à ce qu'on peut te proposer, de dire oui, euh d'être ouvert, de provoquer euh soit la conversation soit le les choses en fait. C'est c'est là que les choses se passent. Après elles peuvent se mal se passer mais généralement soit je soit je gagne soit j'apprends ouais, c'est ça. Euh ouais voilà, enfin grosso modo c'est ça hein, c'est complètement ça. Euh et puis euh et les échecs c'est intéressant aussi en vrai avec des reculs, tu vois.

Mark

C'est là où tu apprends le plus.

Jeff

Ouais, ouais.

Mark

Enfin pour moi en tout cas euh.

Mark

Parce que toi tu as eu un tu as un échec particulier euh qui te vient à l'esprit ou ?

Jeff

Bah ouais il y en a plein. Il y en a plein. Bah il y a plein de compètes où j'ai j'ai fini 4ème. Plein. C'est dur, c'est dur ce sentiment-là.

Mark

D'être à une marche du podium.

Jeff

Putain, la championnat d'Europe 2020... 2, 23. Ouais, je fais un je fais un premier run très moyen, je me dis putain c'est pas possible là je j'ai pas prouvé ce que je sais faire, puis ensuite ça part, je passe in extremis. Puis ensuite les les échelons passent. Donc j'arrive à passer jusqu'en finale et en finale je fais un un bon run pour moi je suis content de ce que j'ai fait, tu vois. Et en face ils envoient des dingueries. Et euh bah je suis 4ème. Et là je suis putain merde. Et celui-là il a été dur, tu vois, je me dis merde, j'aurais kiffé avoir le podium de d'un championnat d'Europe. Euh bon, voilà après tu vois c'est des c'est des trucs comme ça, pareil les blessures euh j'ai fait mon le camp que j'ai fait aux États-Unis avec mon pote Brandon...

Mark

C'est c'est une bonne leçon.

Jeff

Mais ça ça a été tu vois typiquement pareil les blessures euh j'ai fait mon le camp que j'ai fait aux États-Unis avec mon pote Brandon, je l'ai fait avec une épaule déboîtée. Donc pareil, ça c'est un bon exemple de j'aurais pu ne pas y aller. J'aurais pu me dire vas-y euh j'ai l'épaule déboîtée, je peux pas rouler. Mais j' j'y suis quand même allé, je suis parti aux US, je suis parti en Californie. Bon mon épaule elle avait c'était tout frais, il y avait ça faisait une semaine et demie que je m'étais déboîté l'épaule. J'ai assuré le camp donc avec une écharpe. Euh certes c'était un peu frustrant parce que je donnais j' j' j'ai donné des cours euh sans vraiment pouvoir montrer aux gens ce que je pouvais faire. Mais euh mais ça m'a quand même appris pas mal de choses, tu vois. Et c'est dans ces moments-là aussi où tu vois, tout à l'heure tu parlais, tu disais euh la reconnaissance. Tu vois, dans dans des blessures comme ça, tu peux que être reconnaissant. Tu dis mais putain, j'ai trop de chance. J'ai de la chance d'avoir mes deux jambes, j'ai la chance d'avoir mes deux bras, la chance d'avoir ma tête, et on se rend pas compte en fait, on a on a tous beaucoup de chance tu as beaucoup de gens, ils ont pas la possibilité de pouvoir euh marcher, courir, tu vois. Et euh donc c'est vrai que c'est un truc que j'ai souvent aussi en arrière-plan, de me dire euh c'est une chance qui est constante. Qu'on a qu'on ne voit même plus. Et typiquement quand je fais des entraînements où il y a des fois où je suis pas forcément au top de ma forme, j'ai pas forcément envie d'aller rouler notamment en hiver dans des endroits euh sous enfin c'est même pas sous la pluie mais c'est des sortes de préau euh lugubres ou des parkings, tu vois, c'est pas drôle du tout. Euh je pense à ça, je me dis mais tu as des gens en fait ils ils peuvent pas.

Mark

Et ils rêveraient d'être à ta place.

Jeff

Donc ouais qui suis-je pour euh vas-y mais bouge-toi le cul, ferme ta gueule et vas-y tu vois. Franchement, c'est j'ai vraiment ce truc-là en tête quand j'entends des histoires euh enfin, j'ai pas cité de nom tu vois mais de de de personnes qui ont eu des des des maladies graves ou moi ça me ça m'affecte profondément, tu vois. Donc euh oui, voilà pourquoi je suis reconnaissant, tu vois. Voilà je sais pourquoi je suis reconnaissant. Euh la vie est aussi une chance pour chacun d'entre nous, tu vois. Euh pareil on va se dire que je dis des phrases à l'eau de rose mais euh mais c'est ce que je pense.

Mark

Non mais c'est non mais moi j'y crois tu vois, enfin je...

Jeff

Mais c'est ce que je pense. Ouais. C'est ce que je ressens donc en fait euh on a de la chance de d'avoir enfin pour ceux qui ont cette chance là euh autant saisir les trucs et y aller à fond tu vois, tenter, tente et puis tu verras ce qui se passe tu vois, c'est pas grave si tu te prends un mur bah écoute tant pis pour toi ça fait chier mais...

Mark

Au moins tu as essayé.

Jeff

Ouais, au moins tu as essayé.

Mark

Tu tu es pas moins avancé que tu l'étais au début. OK. Le thème de ce de cette rencontre c'est vive la vie. Vive la vie, c'est une phrase qui qui m'est chère à moi et à différentes personnes qui m'aident qui m'aident sur ce projet. Tout à l'heure on parlait de, tu vois, c'est tendre la main, dire oui. Théo c'est quelqu'un qui m'a contacté sur Instagram...

Jeff

OK.

Mark

et il m'a envoyé un message euh écoute, je suis photographe, vidéaste, est-ce que ça te dirait qu'on se rencontre et qu'on discute, peut-être qu'on pourrait échanger des conseils, des choses comme ça. Je dis ouais carrément vas-y je suis chaud sauf que moi c'était une période où j'avais plein de missions, j' j'étais en galère enfin j'avais plein de trucs à droite à gauche, j'avais un planning, c'était la folie. Et en fait bah j'ai dû repousser et puis après la fois d'après c'est lui c'est lui qui a repoussé et puis j'ai repoussé en fait on a repoussé quatre ou cinq fois...

Jeff

OK.

Mark

et le jour du café, moi c'est une journée où j'avais une flemme... Je sortais d'un tunnel vraiment c'était l'angoisse et je me suis dit il y a un monde où j'y vais pas, je reste à l'appart, je vais être bien, j'ai pas envie de bouger tu vois. Et je me suis dit non tu sais quoi vas-y euh on a suffisamment repoussé j'y vais. On se rencontre. Giga feeling. Genre on accroche direct. 8 mois plus tard, on est ensemble au Kenya sur un tournage euh 3, on a fait 3 pays, on a fait Rwanda, Kenya et Inde...

Jeff

OK.

Mark

et en fait euh on était dans la jeep tous les deux et il y avait un lion à genre un mètre, on était assis le silence total dans la savane et puis il me regarde et il me fait mais putain mais vive la vie quoi. Et je te jure on a eu des frissons...

Jeff

Mais énorme. Et en fait la phrase elle vient de là et et c'est et Théo je le remercierai jamais assez et en fait cette phrase je sais pas pourquoi, tu sais quand il y a un truc qui qui qui percute, un déclic. En fait j'essaie de voir toute la vie à travers ce ce prisme vive la vie, tu vois. Tout ça à partir d'un DM sur Instagram parce que j'ai dit oui tu vois. Donc on en revient à ce que tu disais tout à l'heure sur le fait de dire oui.

Mark

Ouais complètement. Ouais d'accord, ouais bien sûr ouais ouais. Bien sûr.

Mark

Donc ma question pour toi c'est...

Jeff

Ouais vraiment. Yes man !

Mark

Est-ce que, est-ce qu'il y a un moment dans ta vie, euh dans ta carrière, dans ta vie où tu as eu ce moment de mais vive la vie quoi ?

Jeff

Franchement moi je kiffe au quotidien, j'ai de la chance, tu vois, de me dire putain je kiffe tu vois. Là je kiffe être là, je je kiffe rentrer chez moi, voir ma femme ce soir, je kiffe demain demain aller au taf, tu vois, je kiffe aller rouler enfin. Je crois que c'est un truc assez quotidien que je me dis. Franchement. Mais le truc de me dire euh je je vis la vie et j'aime la vie euh c'est un peu au quotidien tu vois, je suis bien, je suis en accord, je suis aligné on va dire. C'est souvent il y a cette phrase qui revient aligné avec euh avec ce que je suis avec ce que les gens que j' J'aime. Donc voilà tu vois, il y a rien de trop de besoin de plus.

Mark

C'est déjà pas mal.

Jeff

Voilà.

Mark

Jeff...

Jeff

Encore une fois on dirait que je suis un bisounours mais...

Mark

Écoute, on aime les bisounours dans Vive la vie.

Jeff

Mais euh mais non mais je pense que c'est important aussi de de de véhiculer ça euh on est très souvent dans des trucs assez négatifs et euh le positif, il amène le positif, ça c'est sûr. C'est sûr.

Mark

Jeff, merci c'était un plaisir.

Jeff

Sincèrement. Plaisir partagé. Plaisir partagé mec.

Mark

Ah c'était trop cool.

Jeff

Ah bah franchement, quoi, merci à toi pour l'invite, c'est super cool.

Merci d'avoir écouté cet épisode de Vive la vie.